Ralph Krueger le rabâche à l’envi depuis le début du mois de novembre: «Les Jeux olympiques de Vancouver sont l’aboutissement d’un processus de quatre ans.» Période pendant laquelle le sélectionneur de l’équipe de Suisse a offert le statut d’international à 84 individualités, dirigé 89 duels (63 amicaux et 26 en championnats du monde) et surveillé le développement de ses joueurs lors de multiples tests physiques et médicaux.?£
Dans sa planification, tout en demeurant fidèle à une ligne de conduite qui a au moins le mérite de nourrir le débat, Krueger av
it intégré de nombreux paramètres. Mais s’il avait conscience qu’il devrait composer avec d’incontournables impondérables, il n’avait pas imaginé que les cinq premières semaines de l’année seraient pareillement maussades.
Trois interrogations…
Depuis le 30 décembre, date à laquelle il a communiqué la liste indicative de ses 23 olympiens, le technicien germano-canadien a été confronté à trois situations perturbantes.
La première: les défections sur blessure de joueurs censés assumer un rôle majeur dans le collectif helvétique. Les désistements de Roman Josi, de Peter Guggisberg et, dans une moindre mesure, de Martin Gerber constituent de véritables coups durs pour une Suisse qui ne dispose pas d’un réservoir
qualitatif aussi étoffé que les nations les plus huppées.
La deuxième: les interrogations qui entourent l’état de santé de deux défenseurs d’expérience, Mathias Seger (225 sélections) et Goran Bezina (137). Revenu au jeu la semaine dernière avec les Zurich Lions après une commotion cérébrale, le Saint-Gallois est à court de compétition. Souffrant d’un étirement de la musculature abdominale depuis vendredi, le capitaine de Genève-Servette doit encore observer deux ou trois jours de pause forcée avant de pouvoir lacer ses patins.
La troisième: en 2010, l’efficacité de plusieurs attaquants dans le championnat de LNA est en déclin. Les cas les plus significatifs: Sandy Jeannin n’a trouvé que deux fois le chemin des filets (13 matches); Roman Wick (13 matches) et Martin Plüss (11 matches) n’ont allumé que trois fois la lampe. De surcroît, alors qu’il était dominant avec Davos la saison dernière, Andres Ambühl connaît un exercice pénible en AHL (50 matches, 4 buts, 3 assists).
S’il est vrai que des questions plus ou moins semblables étaient discutées il y a quatre ans et que la Suisse avait balayé le scepticisme sur la glace, le contexte est différent au Canada.
Cette fois, «l’aboutissement d’un processus de quatre ans» si cher à Krueger est rattrapé par une amère réalité: à Winnipeg, dans son Manitoba natal, l’entraîneur préparera son dernier tournoi à la tête de l’équipe de Suisse avec six joueurs qui n’ont encore jamais pris part à des championnats du monde.
Rarement donc un camp de préparation (avec deux rencontres face à la Biélorussie au programme) n’avait été aussi fondamental. Parce que la Suisse a du travail…
Kuonen: «Pas de complexes!»
Pius-David Kuonen, vous êtes membre du conseil d’administration de Swiss Ice Hockey, en charge du département technique. Qu’attendez-vous de l’équipe de Suisse masculine aux JO de Vancouver?
Qu’elle soit prête le jour J. Qu’à l’instar de ce qui s’était produit à Turin en 2006, elle ne nourrisse aucun complexe contre des équipes articulées autour des plus grands noms de la planète. Dans un tournoi à la participation aussi relevée, durant la compétition la plus importante des quatre dernières années, la Suisse a surtout la chance de démontrer que son label qui lui a déjà permis de signer des exploits est toujours une réalité.
Vous n’évoquez pas une participation aux quarts de finale…
C’est sûr qu’une place dans le top 8 serait fantastique. Mais cela ne sera pas facile de l’obtenir. Nous pointons au septième rang du classement mondial, mais cette place ne correspond probablement pas à notre valeur dans un tournoi olympique. En Colombie-Britannique, des nations moins bien classées que nous, comme la Slovaquie et la Biélorussie, bénéficieront de l’apport de professionnels de la NHL dans une proportion plus conséquente que la nôtre. Il faut l’admettre: le réservoir de ces pays est plus profond. Mais, sur un seul match, dans un bon jour, on peut le faire.
Vous faites allusion au nouveau format de la compétition: un bon mode pour la Suisse?
Je le pense. La partie clé du tournoi sera la quatrième, celle qui nous ouvrira ou nous fermera les portes des quarts de finale. Cela sera un vrai match de Coupe, un défi pour un compétiteur. (ef)
La sélection présente au stage
Gardiens: Rüeger (Kloten) et Stephan (Genève-Servette).
Défenseurs: Bezina (Genève-Servette), Blindenbacher (Färjestad), Diaz (Zoug), Furrer (Berne), Gobbi (Genève-Servette), Sbisa (Portland Winterhawks), Seger (Zurich Lions), von Gunten (Kloten Flyers) et Weber (Canadien de Montréal et Hamilton Bulldogs).
Attaquants: Ambühl (Hartford Wolf Pack), Déruns (Genève-Servette), Domenichelli (Lugano), Jeannin (Fribourg-Gottéron), R. Lemm (Lugano), Monnet (Zurich Lions), Paterlini (Rapperswil), M. Plüss (Berne), Romy (Lugano), Rüthemann (Berne), Sannitz (Lugano), Savary (Genève-Servette), Sprunger (Fribourg-Gottéron) et Wick (Kloten Flyers).
Notes: Hiller (gardien, Anaheim Ducks) et Streit (défenseur, New York Islanders) rejoindront l’équipe de Suisse le 15 février à Vancouver.