Enième coup de théâtre hier à Tripoli. Hannibal Kadhafi a rendu visite au détenu suisse Max Göldi. Devant une meute de journalistes et d’objectifs. L’homme d’affaires condamné à quatre mois de prison a critiqué la diffusion par la Tribune de Genève des photos d’Hannibal lors de son arrestation.
Au Département des affaires étrangères on ne commente pas la visite. Amnesty International, par la voix de sa porte-parole Manon Schick, y voit «un bon signe», tout en exigeant une libération rapide. Pour un connaisseur du clan Kadhafi, «c’est un geste d’ouverture. Bien habillé, fraîchement rasé, Hannibal retrouve sa fierté. Il pourrait convaincre son père d’accorder sa grâce.»
La balle est dans le camp de Genève
Malgré ce geste fort, on se montre prudent à Berne. «Ce n’est pas encore une garantie de sortie de la crise, relativise un haut fonctionnaire. Ce qui est sûr, c’est que de notre côté tout est fait pour y parvenir, notamment en matière diplomatique. Reste à d’autres acteurs impliqués à faire de même.» En clair: Genève est prié d’agir, même symboliquement. Même son de cloche du côté de l’avocat libyen, Saleh Zahaf: «Pour favoriser la libération de mon client, les autorités suisses doivent se montrer plus coopératives. Cela concerne principalement les circonstances de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi, et surtout la diffusion des photos de son interpellation.»
Au bout du lac, on ne commente pas. Le pouvoir judiciaire renvoie au communiqué publié le 18 février par la juge d’instruction et le procureur. Il rappelait que l’enquête sur les photos de police était en cours, et que «de tels agissements inadmissibles sont constitutifs d’une violation du secret de fonction». En conclusion, la «détermination à poursuivre l’enquête» a été soulignée. Reste à savoir si après les autorités judiciaires, le Conseil d’Etat est prêt à envoyer un signal politique, par exemple par une déclaration solennelle.
Dans la capitale libyenne, une manifestation a eu lieu hier matin devant l’ambassade de Suisse. Un cordon de policiers antiémeute était censé protéger le bâtiment. Reprenant l’appel au «djihad» lancé par le colonel Kadhafi, quelques centaines de lycéens ont été amenés en bus, selon un journaliste local interrogé par la TSR. Une manifestation dont la spontanéité est donc sujette à caution.