On n’a parlé que d’eux, hier à Berne: Thomas Minder et Christoph Blocher. Le premier voulait une votation populaire, pas le deuxième. Le Conseil national s’est lancé dans un débat-fleuve qui ne devrait se terminer que mercredi prochain. Mais, parmi les scénarios possibles, un se dégage: le peuple votera sur l’initiative Minder et sur un contre-projet direct (au niveau constitutionnel) que va concocter le parlement.
La date reste incertaine.
«Je ne retirerai jamais mon texte. Le peuple doit trancher!» C’est en substance ce qu’a toujours affirmé Thomas Minder, le père de l’initiative contre les salaires abusifs – un texte qui veut en 24 propositions donner plus de pouvoir aux actionnaires.
Mais l’entrepreneur schaffhousois s’était allié à Christoph Blocher pour concocter un contre-projet indirect (au niveau de la loi et non pas de la Constitution). Si ce contre-projet était accepté hier, Thomas Minder aurait retiré son initiative.
Dans ce cas, le peuple n’aurait pas pu se prononcer. Le National a refusé cette solution, par 101 voix contre 91. «Une nouvelle défaite de Blocher», claironnait la gauche. Pour le coup, le débat a été entamé avec la fureur rhétorique des grands jours. Chaque camp accusant l’autre de démagogie et de visées électoralistes en vue des fédérales de 2011.
L’indignation est partagée
Tous les camps politiques ont dénoncé les salaires mirobolants des managers. Si «rapaces»
et «comportements obscènes» étaient des mots attendus dans les discours de la gauche, la droite n’était pas en reste en qualifiant d’«arrogants» les top managers et en relayant «le malaise de la population».
L’indignation contre les abus est partagée, le remède ne l’est pas. Désormais PS, Verts et UDC soutiennent l’initiative. Chacun pense pouvoir capitaliser sur la grogne de la population si le texte était voté rapidement. PLR et PDC veulent, eux, soigner un contre-projet équilibré, efficace et qui ne nuirait pas aux emplois et à la compétitivité de la place financière suisse.