Avant-hier, pour les Américains, la Suisse, c’était au mieux un petit pays vivant d’amour du travail bien fait et de neige fraîche.
Aujourd’hui, ce serait plutôt «un pays de profiteurs servant de refuge bancaire à tout ce que la planète «subprime et hedge funds» compte de riches crapules», à en croire Daniel Warner. «Exactement l’image caricaturale qu’en donnent plusieurs épisodes de James Bond!» synthétise encore le politologue américain de l’Institut universitaire de Hautes Etudes internationales de Genève, actuellement en voyage professionnel à New York.
Jeudi, le Genevois s’étonnait ainsi de trouver en une du prestigieux New York Times un article fustigeant sur ce mode son pays d’accueil et UBS. «Le ton était très négatif. Cela m’a rappelé les années 90 et l’affaire des fonds en déshérence. Ces problèmes d’ordre financier auront-ils des répercussions politiques négatives mettant en danger le multilatéralisme et la Genève internationale? Je ne l’espère pas», commente le démocrate, qui prendra ce lundi la nationalité suisse.
Les fonds en déshérence? Raymond Lorétan s’en rappelle trop bien. De 1997 à 2002, le Valaisan avait déployé «des efforts incroyables pour restaurer la confiance» en tant que consul de Suisse à New York. Aujourd’hui, il se dit très déçu et en colère de voir son travail presque réduit à néant.
«En organisant la fraude fiscale aux USA, UBS nous tire dans le dos et il ne faut pas s’étonner de voir les Américains mettre de l’ordre dans tout ça. On va en payer le prix fort en termes d’image et si les autorités suisses ne font pas front commun, le secret bancaire va y rester. C’est déplorable!»
Selon l’ancien diplomate, «le président américain sait probablement à peine ce qui se passe avec la Suisse et il ne faut de toute façon pas s’attendre à ce qu’il défende nos intérêts!»
«Les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts!»
L’avocat genevois Charles Adams comprend la consternation suisse mais, optimiste, ne pense pas que les pressions américaines pour forcer UBS à braver le secret bancaire soient de nature à détériorer les relations entre les deux pays.
Pourquoi? «Car notre gouvernement vise les contribuables américains délinquants et non pas la Suisse en tant que telle. Des initiatives similaires sont d’ailleurs probablement déjà en cours au Luxembourg ou aux Bahamas. En ces temps de crise, on ne peut pas s’attendre à voir l’administration Obama relâcher la pression», répond celui qui fut l’un des fers de lance de la campagne du président américain en Europe.
«Les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts», confirme de son côté Thomas Borer-Fielding, ex-responsable de la task force «Suisse-Deuxième Guerre mondiale», mise sur pied lors de l’affaire des fonds en déshérence. «L’administration Bush avait, sur plusieurs plans, davantage d’intérêts communs avec la Suisse que la «social-démocrate» d’Obama.
Nous avons négligé de nouer de solides relations avec les leaders d’opinion, poids lourds politiques et médias américains pendant une décennie. Aujourd’hui, nous en payons le prix», analyse encore celui qui, il y a presque un an, pronostiquait déjà dans nos colonnes «une offensive américaine contre la fuite de ses contribuables vers l’oasis fiscale suisse»…