La Suisse peut-elle attendre une aide concrète de l’Union européenne (UE) dans la crise libyenne? Pas forcément, bien que les déclarations amicales se succèdent ces derniers temps. L’ambassadeur de l’UE, Michael Reiterer, déclarait dimanche dernier dans la NZZ qu’«à plusieurs, on est toujours plus forts que seul», liant cette affirmation à la politique de restriction des visas Schengen appliquée désormais par la Suisse aux ressortissants libyens. ?
Il y a l’offre de l’Italie. Roberto Maroni, ministre de l’Intérieur, a proposé à Eveline Widmer-Schlumpf les bons offices de son pays pour faciliter une solution à la crise libyenne. Avant cela, il y avait déjà l’offre de l’Espagne. Lors de sa visite à Berne, fin octobre, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Angel Moratinos, déclarait dans le Corriere del Ticino que l’Espagne, qui prendra en janvier prochain la présidence tournante de l’UE, saisirait «toutes les possibilités offertes par sa fonction» pour montrer sa solidarité envers la Suisse dans la crise avec la Libye.
«Paroles, paroles»? A Bruxelles, on ne commente pas. Et Michael Reiterer ne tient pas à revenir sur ces déclarations, jugeant l’affaire «interne» à la Suisse. Du coup, certains observateurs estiment que cette déclaration était davantage destinée à l’opinion publique suisse qu’au régime Kadhafi. Tandis qu’à Berne le Département des affaires étrangères (DFAE) de Micheline Calmy-Rey quittance toutes ces déclarations. «Les pays amis n’ont aucune raison de nous montrer qu’ils sont polis. Rien ne les y oblige, répond le chef de la communication du DFAE, Lars Knuchel. La Suisse est bien intégrée dans la communauté internationale. La crise avec la Libye nous a montré que nous avons beaucoup d’amis. Plusieurs pays partenaires nous ont offert leur soutien. La Suisse est reconnaissante. Cela dit, nous sommes tous conscients que les difficultés dans ce dossier sont graves.»
En diplomatie, la discrétion est une règle cardinale, et encore davantage dans cette affaire. Aussi le DFAE ne donne pas de précisions, mais affiche sa satisfaction générale. Preuve en est que l’affaire est «montée au niveau international, analyse un élu, alors que la Libye cherche justement à s’y refaire une place».
Cette pression internationale, faite de petits gestes et de mots amicaux envers la Suisse, peut jouer un rôle. Mais tout porte à croire qu’il ne faut pas en attendre davantage pour l’instant de l’UE ni de ses Etats membres. Car leurs intérêts sont de ne pas froisser le régime libyen avec lequel ils sont tous en affaires.
L’UE est en discussion permanente avec la Libye
Ainsi l’UE est en discussion permanente avec la Libye depuis novembre dernier pour concrétiser un accord-cadre, qui régirait plusieurs secteurs, dont l’économie n’est pas le moindre. Sans parler de celui, très sensible pour les pays méditerranéens, de l’immigration clandestine via son programme de sécurisation des frontières Frontex. Depuis que la Libye et l’Italie ont renoué leurs contacts, les arrivées de clandestins sur sol italien ont été réduites de 90%. C’est donc plutôt l’Europe qui est en position de demandeur.
Jean Ziegler a beau crier au scandale et appeler l’UE à suspendre les pourparlers avec Kadhafi, il n’y croit pas vraiment, car «l’UE est talonnée par les intérêts des pays qui la composent». Seul peut-être une intervention discrète d’un chef d’Etat de stature internationale – Sarkozy, Berlusconi – pourrait être un plus, avancent plusieurs spécialistes du Maghreb, dont le professeur du CNRS à Paris, Luis Martinez. Pourquoi?
«Kadhafi ne veut se mesurer qu’à ce genre de gabarit. Avant d’être une crise institutionnelle entre Etats, c’est une affaire personnelle pour sa famille qui s’est sentie humiliée.»