NOMINATION

Une star modeste au sommet de la BNS

Par RON HOCHULI AVEC ÉLISABETH NICOUD le 09.04.2009 à 00:00

Chercheur et manager, prof à HEC Lausanne et proche des banquiers, l’atypique Jean-Pierre Danthine intègre la direction de la Banque nationale. Portrait.

Les pronostiqueurs en faisaient tout au plus un outsider. Pourtant, c’est bien Jean-Pierre Danthine, professeur à HEC Lausanne et
fondateur du Swiss Finance Institute (SFI) – la vitrine scientifique du secteur bancaire –, qui complétera dès l’an prochain le triumvirat nommé hier par le Conseil fédéral à la direction de la Banque nationale suisse (BNS). ?

Ce Belge naturalisé suisse en 2003 fait partie des incontournables dans le paysage académique et entrepreneurial helvétique. Oui, Jean-Pierre Danthine a construit très tôt des ponts concrets entre deux mondes, l’université et l’économie, dont les pontes, lorsqu’ils se regardaient, le faisaient en chiens de faïence.

Nommé professeur à Lausanne à 29ans, en 1979 – «je viens de terminer mon 60e semestre», glisse-t-il non sans émotion – il se consacre déjà aux produits dérivés. Des outils financiers qui, à l’époque, «n’intéressaient personne en Suisse». Ce précieux bagage lui permet cependant de créer un pôle de recherche et d’enseignement en finance, dont le succès est tel qu’il n’est plus possible de le confiner à l’université. C’est alors qu’il rencontre le banquier genevois Patrick Odier. Le partenariat débouche progressivement sur un centre national de recherche et de formation en finance. Le SFI naît en 2006, avec le concours du président de l’Association suisse des banquiers Pierre Mirabaud, qui n’ambitionne rien de moins que de forger en Suisse des Prix Nobel en économie.

L’objectif contraste avec la modestie de Jean-Pierre Danthine, qui ne parle à la première personne que lorsque la grammaire l’y contraint. Sa voix, d’une douceur sereine, masque des exigences implacables vis-à-vis de ses collaborateurs, qui doivent produire et rapporter: tout chercheurs qu’ils soient, ils doivent se mettre au service de la finance bien réelle. Et au sujet de laquelle le futur ex-professeur distille volontiers des avis tranchés: n’a-t-il pas déclaré, l’été dernier dans Le Temps, qu’il ne voyait pas les banques suisses construire leur avenir sur le secret bancaire?

«Pianiste dans un bordel»

Ses opinions, il les gardera désormais pour lui et ses collègues de la BNS. Devoir de réserve oblige. Au grand dam de ses étudiants, qu’il quittera à la fin de l’année. Et des lecteurs de 24heures , qu’il enrichit régulièrement de chroniques aussi savoureuses qu’accessibles: comment ne pas se laisser séduire par une prose sur l’abscons problème du crédit, lorsque l’article commence ainsi: «Ne dites pas à ma mère que je suis dans la finance… elle me croit pianiste dans un bordel!» Ses priorités ne changeront pas: «J’ai toujours revendiqué un engagement citoyen. A l’université, où j’officie «depouis» trente ans, comme il le dit avec un petit reste d’accent belge, et au SFI. A ce titre, le poste à la BNS, institut qui fait un travail remarquable, constitue une magnifique opportunité.»


Un triumvirat «à la hauteur»

Outre la nomination de Jean-Pierre Danthine en tant que «numéro trois», pas de surprise en ce qui concerne le futur trio dirigeant de la Banque nationale (BNS). Pour succéder au président Jean-Pierre Roth – le Valaisan dont le travail est unanimement salué part en préretraite à la fin de 2009 – , le choix s’est porté sur son actuel vice-président, Philipp Hildebrand. Ce Lucernois qui a notamment travaillé pour l’Union Bancaire Privée à Genève, avant de rejoindre la BNS en 2003, s’inscrit dans la continuité. Une nécessité en ces temps de crise approuvent les spécialistes.

Le «podium» est complété par Thomas Jordan. Au sein du directoire depuis 2007,ce quadragénaire devient vice-président du «gendarme monétaire» helvétique. Il n’y aura donc pas de première femme parmi les hommes forts de la BNS, comme certains observateurs l’appelaient de leurs vœux: «Mais aujourd’hui, la question n’est pas de savoir si on nomme des femmes, des Romands ou des chiens, résume la conseillère nationale Martine Brunschwig Graf (PLR/GE), une vieille connaissance de Jean-Pierre Danthine. La BNS a besoin de personnalités à la hauteur du défi. Et ce trio l’est assurément.»
(rh)