SRG SSR idée suisse se retrouve sans le sou. Et cela malgré une redevance radio télé ayant rapporté plus d’un milliard de francs l’an dernier. L’exercice 2009 s’est soldé par une perte de 46,7 millions de francs. L’année 2010, ponctuée de grandes manifestations sportives comme les Jeux olympiques et la Coupe du monde de football, devrait voir ce déficit dépasser les 75 millions, selon les prévisions présentées hier par les dirigeants de notre service public audiovisuel. A l’heure de quitter son poste à la fin de l’année, le directeur Armin Walpen laissera donc un trou de 220 millions de francs creusé entre 2007 et 2010.
Stopper l’hémorragie
Comment stopper l’hémorragie? L’entreprise assure tout d’abord s’être serré la ceinture. «Le plan d’investissement dans les bâtiments a été redimensionné, précise le directeur financier Daniel Jorio. Des immeubles ont été vendus et les salaires n’ont pas été adaptés en 2010.» Pourtant, ce régime ne suffisant pas, le Conseil fédéral est appelé à la rescousse.
Plusieurs pistes ont été évoquées hier, dont un assouplissement des règles publicitaires, par exemple en matière de parrainage d’émissions ou de publicité sur Internet. La compensation des exonérations de la redevance pourrait aussi être revue à la hausse. Mesure la plus controversée: une augmentation de cette même redevance.
Actuellement, elle se monte à 462?francs par an pour les ménages. Les entreprises versent entre 612 et 1407?francs. Selon la SSR, depuis 2000, ce prélèvement obligatoire n’a plus généré de recettes additionnelles réelles. Sans nouvelles rentrées financières, la programmation sera réduite. Sont notamment envisagées les suppressions d’option musique ou de World Radio Switzerland.
N’est-ce pas du chantage déguisé? «Il est clair que par rapport aux groupes de presse privés nous sommes dans une situation extrêmement privilégiée, concède le président du conseil Jean-Bernard Münch. Mais d’une part nous avons le mandat fixé dans la concession à remplir et, d’autre part, ce n’est pas parce que la SSR va mal que les autres groupes de presse iront mieux.» Le président ajoute: «Si la SSR obtenait l’autorisation de faire de la publicité en ligne, elle contribuerait au développement du marché suisse. Tout le monde en profiterait, au lieu de l’abandonner à Yahoo! ou Google.»
Le Conseil fédéral décide
Alors que le Conseil fédéral aura le dernier mot, les élus sont partagés. Sauf sur la nécessité d’une meilleure maîtrise des coûts. Si Géraldine Savary (PS) est «prête à discuter» d’une augmentation de la redevance, Jean-René Germanier (PLR) n’en voit pas la nécessité.
Rapport de force inverse sur la publicité. Le conseiller national valaisan «juge favorablement une ouverture, par exemple pour les contenus en ligne. Ces recettes permettraient aussi de maintenir la pression à la baisse sur la redevance.» La sénatrice vaudoise contre-attaque: «Je ne pense pas que ce soit le bon moment pour permettre à la SSR de faire de la publicité en ligne. La presse écrite traverse une crise structurelle d’une rare violence. Il serait faux d’accentuer encore la concurrence sur un support dont le potentiel n’est pas infini.»