Parfois il était en séance au moment où son ordinateur de poche, qui ne le quitte jamais, transférait les fichiers litigieux dans sa machine de bureau. A deux autres reprises, il se trouvait sur la route à l’instant clé. Vrai ou faux? Le procès de l’ex-cadre de la RSR a repris hier dans une atmosphère tendue après la suspension de l’audience en mai dernier pour expertise. ?
L’ancien directeur-adjoint reconnaît avoir visité des sites pornos hors du boulot. Là n’est pas la question. Il admet aussi, sans honte, être l’auteur d’images dénudées de conquêtes féminines transférées plus ou moins sans le savoir sur ordinateur à la RSR lors de la synchronisation automatique. Là n’est pas non plus la question. Mais il conteste avec véhémence le téléchargement et le transfert d’un lot de quelques centaines d’images érotiques, dont treize représentent de très jeunes filles, d’un âge estimé entre 12 et 14?ans. Cela lui vaut l’accusation de pornographie dure.
Piégé par l’heure d’été
Déjà avancé en mai dernier, l’alibi de sa présence aux séances de direction a pris du plomb dans l’aile. L’expert en informatique de la police cantonale a démontré que cette affirmation ne tient pas la route. Brandie pour preuve, la coïncidence avec l’indication de l’heure du transfert inscrite sur les fichiers ignorait en fait que l’ordinateur n’avait pas la même relation avec l’heure d’été. En clair, si la réunion commençait bien à 9?heures, c’est à une heure différente que le PC de poche avait été connecté au PC de bureau.
Le second alibi soutenu hier est carrément troublant. «A deux reprises, mon client se trouvait au volant de sa voiture entre Lausanne et Pontarlier à l’heure de la synchronisation des ordinateurs», lance Me?Reil. Le défenseur explique que ces jours-là, l’ex-cadre conduisait exceptionnellement lui-même sa fille à l’internat qu’elle fréquentait à Pontarlier. C’était habituellement sa mère qui se chargeait du transport. «La première fois, mon mari l’a fait parce que j’ai dû assurer un remplacement au collège où j’enseigne. La seconde fois, c’était parce que j’étais absente pendant les vacances scolaires.»
Malgré l’attestation fournie par Madame pour le remplacement scolaire et la confirmation par la jeune fille devant le tribunal, le procureur général doute de la sincérité de ce témoignage. Mais surtout: «Prononcer un acquittement à cause de cela reviendrait à admettre qu’une tierce personne a lancé la synchronisation des ordinateurs. Cette personne aurait alors dû savoir que l’accusé serait absent et, surtout, disposer de son PC de poche. Un scénario hautement invraisemblable.» Le procureur requiert finalement la confirmation des dix jours-amende avec sursis infligés par le juge d’instruction. Verdict lundi prochain.