STRATÉGIE

La sécurité, une des peaux de banane du PS genevois

Par PATRICK CHUARD le 17.11.2009 à 00:01

La campagne axée sur la sécurité a plombé le PS genevois. Mais elle n’explique pas la perte d’un siège socialiste dimanche.

Le PS genevois aurait-il payé cher son angélisme? Dans une campagne focalisée sur l’insécurité et la politique jugée laxiste du ministre sortant Laurent Moutinot, le PS ne jouait pas sur du velours. «La sécurité a joué un rôle, décode le politologue Pascal Sciarini. Ce thème est un terrain glissant pour la gauche. Une partie de son électorat populaire réclame des mesures autoritaires contre la délinquance, mais ce n’est pas le cas de la majorité de son électorat, la classe moyenne bobo.»?

Face à un choix cornélien (contenter l’électorat de la classe moyenne tenté par l’écologie ou contenter l’électorat populaire tenté par la droite réactionnaire), Véronique Pürro aurait-elle payé les positions nébuleuses du parti? Elle le croit: «Le PS manque de projet clair en général, dit-elle.

Cela dépasse Genève et la question de la sécurité. Nous manquons d’un vrai projet, d’un discours et d’une communication qui touchent les citoyens.» Cette critique fait tiquer Christian Levrat, président du PS suisse. L’échec de dimanche est «un problème genevois», selon lui. Le parti suisse a clarifié – et durci – ses positions sur la sécurité depuis 2008 (lire ci-dessous). Ensuite, la défaite de Véronique Pürro «ne reflète pas un trend général. C’est la première fois depuis longtemps que le PS perd. Nous avons eu des victoires à Neuchâtel, en Argovie à Zurich…»

Christian Levrat «effaré»

Le président national renvoie la balle au bout du lac et pointe du doigt la stratégie de campagne: «J’ai été effaré de la tournure du débat sur la sécurité à Genève, dit-il. Par rapport au fait que Véronique Pürro s’est placée en successeur de Laurent Moutinot, alors que le fait d’avoir engagé des Securitas aux Pâquis était le dernier aveu d’impuissance de la politique de sécurité. Et puis on ne peut pas gagner des élections en se basant sur un bilan, même s’il est positif. Il faut se baser sur le futur.»

«Rivalité malsaine»

Les socialistes suisses n’ont pas de problème avec la sécurité, assure Jean Studer, ministre (PS) de la Justice à Neuchâtel. «Le fait que je sois de gauche n’influence en rien certaines tâches de sécurité qui doivent être assurées. Pour moi, ce sont des problèmes typiquement genevois.» Le Département des institutions que laisse Laurent Moutinot est toutefois réputé difficile. Aucun élu ne se presse d’ailleurs pour le réclamer. «Je le revendique pour l’Entente (ndlr: la plate-forme du centre droit)», dit le président du Parti libéral, Michel Halpérin, mais sans citer d’élu en particulier.

«L’Entente se passe la patate chaude», persifle la présidente des Verts genevois, Anne Mahrer.

Erreurs stratégiques de campagne ou non, le PS genevois déplore la division de la gauche genevoise. Il a manqué à Véronique Pürro «les voix
à la gauche de la gauche, qui entretient avec le PS une rivalité de frères ennemis», déplore Romain de Sainte-Marie, président des Jeunes
socialistes. Et puis les socialistes perdent régulièrement des plumes dans les cantons suisses, concurrencés entre autres par les Verts: «On observe un recul des sièges de manière générale», confirme Pascal Sciarini.

Que le problème soit plus global ou non, le PS genevois ne devrait pas s’épargner une sérieuse réflexion.

Christian Levrat, président du Parti socialiste suisse:?«J’ai été effaré de la tournure du débat sur la sécurité à Genève. Par rapport au fait que


Le parti suisse a durci le ton

Angéliques sur les problèmes de sécurité, les socialistes? On ne peut plus les soupçonner de tels errements depuis le fameux congrès d’Aarau, en octobre 2008.

Le parti national a alors approuvé l’expulsion des étrangers condamnés pour crimes graves. Il a également admis l’utilisation de caméras de surveillance dans les espaces publics en cas de nécessité ainsi que l’augmentation des effectifs de la police et des gardes-frontière. Ces décisions – destinées à concurrencer la droite sur son terrain de prédilection – ont fait l’objet de cinq heures de discussions passionnées et de nombreux amendements apportés au projet initial.

«Notre positionnement est maintenant clair, estime Christian Levrat. Mais l’essentiel du travail doit être fait dans les cantons.»

Certains délégués avaient vivement critiqué ces propositions. «Les socialistes genevois ont été les plus prompts à se manifester contre», note le politologue à l’Université de Genève Pascal Sciarini. Qui souligne que «le PS genevois est plus à gauche que le parti suisse, dans une mouvance à la française et moins ouverte aux questions sécuritaires».

(pc)

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