La station balnéaire de Saint-Cyprien, réputée pour son ensoleillement exceptionnel, est en pleine tempête. Depuis six mois, c’est une pluie de mises en examen qui s’abat sur ses élus locaux: onze personnes sont aujourd’hui poursuivies. Et le temps est toujours à l’orage. Hier, le maire UMP Pierre Fontvieille a été placé en garde à vue dans cette retentissante affaire de corruption et de trafic d’influence.
Dorénavant, la justice française aimerait vivement entendre les explications d’un promoteur suisse: Me Damien Piller, avocat fribourgeois et ancien député démocrate-chrétien.
«Son nom et celui de ses sociétés sont régulièrement cités dans ce dossier», confirme à la Tribune de Genève ?£Dominique Alzéari, adjoint au procureur du Parquet de Perpignan. Et de poursuivre, visiblement impatient: «Nous partons du principe qu’il sait un certain nombre de choses, donc tôt ou tard il faudra l’entendre. S’il ne vient pas de son plein gré, nous le convoquerons.»
Cette affaire de corruption, qui mêle achats frauduleux d’œuvres d’art, notes de taxis à 28?000?euros et passe-droit pour construire, a déjà fait une «victime»: l’ex-maire UMP de Saint-Cyprien Jacques Bouille. Ce dernier, incarcéré en décembre 2008 pour prise illégale d’intérêt, s’est pendu avec la ceinture de son peignoir dans sa cellule il y a deux semaines. Selon le Parquet, l’ancien médecin avait fait acheter avec les fonds publics pour près de 5 millions d’euros d’œuvres d’art. Problème: une bonne partie de celles-ci étaient exposées chez… le maire et non dans le musée de la ville. En outre, nombre de pièces ont aujourd’hui disparu. Ont-elles été revendues? L’enquête le dira.
Un drôle de courrier
A Saint-Cyprien, il est vrai, on connaissait les goûts prononcés de Monsieur le Maire pour la peinture. Mais peu imaginaient l’ampleur du trafic qui ne se résumait pas à une passion dévorante pour les aquarelles de Collioure. Un homme d’affaires actif dans la région se souvient encore de ce courrier reçu en 2006. «Monsieur Bouille me disait qu’il annulait la séance avec notre société dans le cadre d’un projet immobilier. Avant de fixer un nouveau rendez-vous, il me demandait de lui fournir quelques tableaux. J’ai été stupéfait. J’ai refusé.»
Selon les enquêteurs de la police judiciaire de Perpignan, Jacques Bouille et son équipe avaient mis en place un vaste système de pots-de-vin, où les œuvres d’art permettaient aussi aux promoteurs d’obtenir des marchés et de rendre des zones soudainement constructibles. «La société Lodef n’a jamais eu besoin de cela», se défend Me Damien Piller, représentant de la société immobilière Lodef, sise à Saint-Cyprien. «Tous mes terrains étaient déjà constructibles.» Pour l’instant, l’argument ne suffit pas au Parquet de Perpignan. Et ce d’autant moins que Me Piller est aussi un des administrateurs de la société Anura, qui a acheté quelques tableaux destinés à une nouvelle fondation d’intérêt public, devant elle-même alimenter un nouveau musée d’art à Saint-Cyprien, le Musée des Capellans.
La fondation n’a pour l’instant pas vu le jour et selon Me Piller, les tableaux «ont été prêtés à la mairie en vertu d’une convention écrite». Et d’insister: «Il n’y a eu aucun don à Monsieur Bouille mais à un musée. Cette opération figure dans nos comptes. Tout est légal.» L’avocat d’affaires fribourgeois est-il prêt à aller l’expliquer à Perpignan? «J’ai déjà écrit au procureur pour lui dire qu’il pouvait me poser des questions.»