Pour les retraités, la messe semble dite. Et elle a des allures de requiem. Les personnes qui cesseront de travailler après 2015 verront leur rente du 2e pilier baisser. D’environ 6%, 7%, 10% ou 12%, selon les calculs. Une chose est certaine: le Conseil des Etats a décidé hier de diminuer le taux de conversion à 6,4%. La gauche, qui préconisait 6,5%, a fini par retirer sa proposition, en raison de l’actuelle crise financière. Le Conseil national a déjà donné son feu vert.
Durant toute sa carrière, un employé cotise au deuxième pilier. L’employeur met lui aussi la main au porte-monnaie, et c’est ainsi que se crée un capital. A la retraite, le compteur est arrêté, et le rentier touche chaque année un pourcentage du capital accumulé. C’est ce pourcentage, appelé taux de conversion, que le parlement a revu à la baisse. Avec un taux de 6,4%, un retraité touchera 6400 francs par année, pour chaque tranche de 100?000 francs. Ce montant est actuellement de 7,05% pour les hommes et de 7,1% pour les femmes.
«Cette décision aura de réelles conséquences pour les personnes qui ont des petites rentes, regrette Colette Nova, secrétaire dirigeante à l’Union syndicale suisse (USS). Et ceux qui ont un certain âge n’auront pratiquement plus l’occasion d’effectuer des paiements individuels pour essayer de limiter les pertes.»
Dans un premier temps, la gauche souhaitait limiter la baisse à 6,5%. Elle a retiré à contrecœur cette proposition. «La crise est passée par là, et les caisses connaissent des difficultés, explique Liliane Maury Pasquier (PS, GE). Mais la baisse se fera plus lentement que ce que préconisait le Conseil fédéral (ndlr: la baisse était programmée pour 2010, elle se fera finalement par étapes jusqu’à début 2015).»
Référendum annoncé
La prudence l’a donc emporté. Celle de Pascal Couchepin soulignant à la tribune qu’«on doit, de temps en temps, se demander si les caisses sont capables de remplir les obligations qu’on leur fixe et pas seulement se placer du point de vue des assurés». Les assureurs sont satisfaits, mais le Parti suisse du travail avait déjà annoncé qu’il lancerait un référendum si les plans du Conseil fédéral passaient le cap du parlement. Il a confirmé hier sa position. Certains syndicats hésitent à suivre mais l’Avivo, l’association de défense des retraités, compte s’engager dans la récolte des signatures.
Pour les retraités, les temps sont durs. En effet, le Conseil fédéral a également décidé, en octobre, de baisser le taux d’intérêt minimal LPP de 2,75% à 2%. Ce chiffre, qui peut fluctuer d’année en année, indique la rémunération minimale qu’assureurs privés et caisses autonomes doivent verser sur les avoirs vieillesse (pour la part obligatoire du deuxième pilier).
«Le taux d’intérêt minimal est pratiqué seulement par les assurances privées et nous avons couplé cette baisse à la condition que 90% des gains soient reversés aux assurés», relativise Stéphane Rossini (PS, VS). Pourtant, la réalité est bien là: «On s’est un peu habitué à ces annonces successives, mais si on se replace sur le moyen terme, cela engendre une grosse différence sur nos retraites», soupire Colette Nova.?