Drame en haute montagne. En Haut-Valais et dans les Grisons, la Suisse va sans doute devoir céder quelques mètres de son territoire à l’Italie. La frontière qui nous sépare de nos voisins transalpins «résistait», à peu de chose près, depuis 1861. Mais le changement climatique a insidieusement changé la donne, au point de faire transpirer nos cartographes.
La frontière change de place
Ironie du sort, cette «attaque» climatique s’est produite non loin d’un de nos plus fameux symboles: le Cervin. Du haut de ses 4633 mètres d’altitude, la Pointe-Dufour a, elle aussi, assisté impuissante au retrait du glacier du Mont-Rose. Dans le secteur du Piz-Bernina (4049m) aux Grisons, la glace a aussi perdu de sa consistance. A ces endroits, la délimitation territoriale entre la Suisse et l’Italie, qui passait par ces glaciers, ne correspond plus tout à fait à ce qui avait été cartographié. Une affaire de quelques dizaines de mètres. Tout au plus.
Rectification fédérale
Mais cela n’a pas échappé à la vigilance de l’Institut de géographie militaire de Florence qui a demandé à la Suisse une correction de frontière. «Dans ces zones de haute montagne, pour quelques mètres, on ne procède pas systématiquement à une rectification, d’autant plus que la procédure est assez lourde», avoue Jean-Philippe Amstein, directeur de l’agence fédérale de topographie Swisstopo. On devine que l’administration suisse aurait pu s’accommoder de la situation.
L’Italie beaucoup moins. Dans La Repubblica, le commandant de l’Institut de géographie militaire se présente d’ailleurs lui-même comme un récidiviste. «En 1970, j’ai déjà fait modifier la frontière entre la Suisse et l’Italie afin de pouvoir construire l’autoroute entre Côme et Lugano», souligne fièrement Carlo Colella. Swisstopo a donc mis en place une commission d’experts des deux pays pour redéfinir le tracé. A l’issue de ces travaux, la nouvelle frontière sera officiellement rectifiée dans un arrêté fédéral.
Une procédure appelée à se répéter à cause du changement climatique? Les experts ne le pensent pas. «Ces glaciers situés sur la frontière sont peu nombreux», précise Jean-Philippe Amstein. Martin Beniston, le climatologue de l’Université de Genève, n’y croit pas non plus. «Mais il y a tout de même eu des précédents, comme entre le Chili et l’Argentine, où la fonte de glaciers a aussi induit une modification de la frontière», rappelle-t-il.? glaciers a aussi induit une modification de la frontière», rappelle-t-il.