L'événement

Rachid Hamdani est en Suisse. Il a atterri mardi à Zurich

Par ARTHUR GROSJEAN/XAVIER ALONSO le 24.02.2010 à 00:05

C'est un blogueur de tdg.ch, Haykel Ezzeddine, qui a le premier révélé l'information. Une nouvelle confirmée par l'émission de TV alémanique "10 vor 10".

Toute la journée, Rachid Hamdani a joué au furet. Il est passé par ici, il va repasser par là. On a longtemps cru qu'il atterrirait à Genève. Finalement l'ex otage suisse est revenu mardi sur territoire helvétique via Zurich. Une nouvelle annoncée en fin d'après-midi et en exclusivité par un blogueur très actif de notre site tdg.ch. Haykel Ezzeddine a grillé tous les journalistes sur son blog Planète Photos en annonçant le retour de Hamdani à Zurich sur le vol de Tunis Air à 17h40. Une nouvelle confirmée dans la soirée par l'émission de la TV alémanique "10 vor 10".

On ne connaît pas exactement les détails de l'arrivée d'Hamdani à Zurich. Il a en tout cas échappé à la surveillance des journalistes, dont notre confrère du Tages Anzeiger venu l'attendre à l'aéroport de Zurich. Selon notre blogueur Haykel Ezzeddine, une voiture officielle et une voiture de police sont venus le chercher à sa descente d'avion. A l'heure actuelle, le Vaudois Hamdani a sans aucun doute rejoint sa femme Bruna. On ne sait pas encore si une conférence de presse aura lieu aujourd'hui mercredi avec l'ex otage.

«Mon mari et moi avons besoin de paix et de tranquillité afin de retrouver notre quotidien.» C’est par écrit que, hier soir, Bruna Hamdani s’exprime. Elle dit d’une part sa reconnaissance mais aussi sa solidarité avec Max Göldi et sa famille. Si elle laisse ouverte la question du retour en Suisse de son mari Rachid Hamdani, elle dit qu’ils témoigneront «le moment venu».

Ce communiqué a été diffusé hier soir sur le coup des 19?h. Après dix-neuf mois de séjour forcé, l’ingénieur suisso-tunisien de 67?ans a retrouvé sa liberté de mouvement. Mais la journée d’hier a été marquée par les spéculations sur le trajet qui amènerait le citoyen de Crans-près-Céligny auprès de sa famille.

Le silence, imposé ou voulu autour de ce retour, ne manque pas de surprendre. Surtout que dans un premier temps, Rachid Hamdani s’est montré prolixe. Depuis Tripoli, lundi soir quelques minutes avant son départ, il s’en était pris, face à la télévision libyenne et aux agences, à la gestion de la crise par la Confédération. «Par mon séjour à l’ambassade helvétique, le gouvernement suisse m’a mené dans une impasse, ce qui a compliqué encore les problèmes», déclarait-il tout en expliquant que le terme «d’otage» ne reflétait pas la vérité. Un discours surprenant dont on suppose que c'était le prix à payer pour ne pas compromettre le retour rapide de Max Göldi, son compagnon d'infortune.

Plus tard, hier matin à Djerba, l’ex-otage donnait sa première interview d’homme libre à la TSR. «Ça s’est passé très très vite. C’est presque un rêve», a expliqué Rachid Hamdani revenant sur sa libération. Entre pudeur et fatigue, l’homme s’est peu livré, mais a qualifié son séjour en prison, aux premiers jours de la crise en été 2008, de «moment le plus dur de ma vie».

Et Rachid Hamdani a aussi évoqué avec émotion le sort de Max Göldi qui dort désormais dans une prison de Tripoli. «Cette séparation d’amitié est pénible. Je me sens un peu mal à l’aise de rentrer sans lui!»

Mais l’ex-otage vaudois a éludé toutes les questions sur la crise diplomatique entre la Suisse et la Libye, tout comme les motivations qui ont prévalu à son arrestation. Ainsi il a avancé ne pas être «assez détendu» pour évoquer ses conditions de détention tout en insistant sur le fait qu’ils n’avaient pas été
maltraités.

Etonnant? Pas pour les connaisseurs du dossier, en Libye et à Berne. A les entendre, tant que Max Göldi est aux mains des Libyens, Rachid Hamdani ne retrouvera pas sa totale liberté de parole. «Le sort d’une personne est en jeu. La situation est très délicate pour Max Göldi», affirme un spécialiste. Il souligne la mise en scène de la sortie d’ambassade du Bernois, embarqué menottes aux poignets.

«Il faut tenir compte de la logique libyenne de la réparation. On peut donc être surpris par ces déclarations, mais cela fait plaisir aux autorités libyennes. En clair, Rachid Hamdani dit ce que le régime libyen veut entendre», analyse un autre interlocuteur. Rachid Hamdani le sait et quitte à en rajouter, il ne fera rien qui puisse nuire à son «ami» d’infortune. Le ton victorieux affiché par les médias libyens officiels illustre cette thèse. Ces derniers ont en effet claironné la capitulation de la Suisse.

Au centre de l’attention

Max Göldi est désormais au centre des attentions du DFAE. Tout semble confirmer que la Suisse va continuer de bloquer l’attribution de visas Schengen aux hauts dignitaires libyens. Un nouveau bras de fer vient de s’engager. Et chaque mot, chaque intervention de la Suisse sera cruciale, sensible. Ce d’autant que les nouvelles exigences de la Libye ont été formulées. Elles figuraient sur le document négocié le 18 février dernier à Madrid et que Micheline Calmy-Rey a refusé de signer. L’Allemagne devrait présider un tribunal arbitral pour enquêter sur les conditions de l’arrestation d’Hannibal à Genève. La Suisse doit exprimer des «profonds regrets» au sujet de la publication des photos du fils Kadhafi dans la Tribune de Genève.

 


 

Que cherche la Libye avec le prisonnier Max Göldi?

Pendant que Rachid Hamdani retrouvait les joies de la liberté, Max Göldi, lui, vivait hier sa première journée entière en prison. Il doit y purger une peine de quatre mois pour séjour illégal en Libye. «Il va bien compte tenu des circonstances», écrit le Département des affaires étrangères (DFAE).

Un diplomate a en effet pu rendre visite à Max Göldi, 54?ans. Ses conditions de détention sont «correctes», relate-t-il. L’employé d’ABB n’est pas incarcéré dans la prison d’Ain Zara de triste réputation, comme affirmé dans un premier temps par son avocat libyen, mais dans celle d’Al-Jeida à Tripoli. Or, selon Amnesty International, qui a pu visiter en partie l’établissement pénitentiaire en mai 2009, celui-ci comprend des cellules propres et vastes, dont certaines sont équipées de postes TV; il possède aussi une infirmerie, une bibliothèque et des ateliers. «C’est une sale prison, comme toutes les prisons en Libye», relativise un proche du dossier.

Max Göldi tiendra-t-il mieux le choc que lors de sa première incarcération qui l’avait durement éprouvé? Pour cela, il aura besoin d’exercice, tant physique – il faisait beaucoup de sport à l’ambassade de Suisse à Tripoli – qu’intellectuel (qu’il avait au travers des traductions effectuées pour l’ambassade). Il aura aussi besoin d’être entouré. Par chance, l’Argovien se trouve dans un secteur de la prison réservé à des prisonniers condamnés pour des délits peu graves. Il peut donc recevoir des visites, précise Amnesty. Son avocat Salah Zahaf l’a vu hier. Joint par téléphone, il confirmait son intention de déposer un recours en grâce auprès du Conseil supérieur des instances judiciaires libyennes. Mais à l’entendre, la démarche, complexe, prendra du temps.

La Libye veut montrer que sa justice fonctionne

Le sort de Max Göldi se trouve donc officiellement entre les mains des juges libyens. «La chose importante pour nous, c’est d’avoir souligné notre désir d’appliquer la loi», s’est félicité hier le ministre libyen des Affaires étrangères Moussa Koussa, cité par l’agence officielle Jana. Celle-ci claironnait que «la Suisse a cédé, écoutant notre avertissement, et a livré le Suisse accusé aux mains de la police judiciaire». Tripoli veut prouver par là que l’Etat de droit fonctionne – et que les droits des justiciables sont mieux protégés que ceux d’Hannibal Kadhafi à Genève, en juillet 2008.

«Même si nous constatons des progrès, la justice libyenne n’est pas indépendante, tempère Manon Schick, porte-parole d’Amnesty International. Les procès intentés contre les deux Suisses l’ont été pour des raisons politiques. Et si une décision de grâce devait être prise, ce serait en concertation avec les plus hautes autorités libyennes. En clair, avec le clan Kadhafi lui-même.»

Serge Gumy avec les agences

 


 

Attente à Genève

Rachid Hamdani atterrirait-il à Genève? Hier, les rédactions ont dépêché leurs journalistes à l’aéroport de Cointrin. Et le hall des arrivées s’est transformé en congrès de reporters bredouilles. «L’aéroport n’a pas été contacté pour organiser un accueil», assurait son porte-parole, Bertrand Stämpfli. De son côté, le Conseil d’Etat a affirmé qu’aucun accueil officiel n’était prévu, «en accord avec la Confédération». Se réjouissant de la libération de Rachid Hamdani, l’Exécutif a rappelé que Genève s’en remet à Berne pour la gestion de la crise, tant que l’autre otage reste retenu en Libye.

Marc Moulin

 

Reportage de la télévision libyenne :

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