Au fond de sa cellule à Winterthour, Roman Polanski espère une libération depuis deux mois. Hier, contre toute attente, le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone (TPF) a exaucé son souhait. Il a accepté de relâcher le cinéaste contre une caution de 4,5 millions de francs. Pour éviter qu’il ne prenne la fuite, le Franco-Polonais devra déposer ses papiers d’identité en Suisse et sera assigné à sa résidence de Gstaad avec un bracelet de surveillance électronique.?
Une décision qui a créé la surprise. A peine rendue publique, plusieurs médias ont couru à la maison d’arrêt pour ne pas louper la sortie de l’artiste. Mais leurs espoirs furent douchés. A l’heure qu’il est, Roman Polanski, recherché par les Etats-Unis depuis 1977 pour avoir eu des relations sexuelles avec une fille de 13?ans, se trouve toujours derrière les barreaux.
«Et il ne sera pas libéré dans les prochaines heures, précisait hier Folco Galli, porte-parole de l’Office fédéral de la Justice. Il doit d’abord payer sa caution et nous devons organiser son assignation, ce qui n’est pas évident puisque c’est la première fois qu’une telle mesure est prise. En outre, nous nous réservons le droit de faire appel de la décision auprès du Tribunal fédéral dans les dix jours.» D’ici là, le cinéaste reste en prison.
Recours incertain
Tous les regards se tournent vers Eveline Widmer-Schlumpf qui a laissé entendre hier soir qu’un recours n’est pas sûr. Pour la ministre de la Justice, l’arrêt du tribunal est «absolument compréhensible». Et d’ajouter dans une déclaration à la Télévision suisse alémanique: «Je ne vois pas de raison de porter la décision devant le Tribunal fédéral.» C’est que le TPF semble, cette fois-ci, avoir obtenu l’assurance que Roman Polanski ne fuira pas le pays. Auparavant, plusieurs demandes de libération avaient été rejetées, en raison de cautions jugées inadaptées. La mise sous caution de son chalet à Gstaad n’avait, par exemple, pas suffit.
Cette fois-ci, l’homme de 76?ans aurait hypothéqué son appartement parisien dans lequel vit sa famille. En échange, une banque lui aurait prêté les 4,5 millions en liquide. «Vu son âge, il n’est pas certain de pouvoir accumuler une telle somme à l’avenir, s’il perd sa caution», estime le TPF.
Gstaad est prête
Reste que le réalisateur du Pianiste, arrêté le 26 septembre à l’aéroport de Zurich, n’a pas l’intention de se laisser livrer à la justice américaine. En cavale depuis trente ans, il rejette la demande d’extradition qui a été transmise à Berne le 2 octobre et sur laquelle l’Office fédéral de la justice se prononcera dans les semaines à venir. Au final, Roman Polanski pourrait se retrouver coincé dans son chalet plusieurs semaines. A Gstaad, les autorités s’attendent à voir débarquer des dizaines de médias. «Mais nous sommes habitués, relativise Aldo Kropf, président de la commune. Nous avons régulièrement des stars chez nous. Et dans le cas de Polanski, ils ne verront sans doute rien d’autre qu’une fenêtre allumée de temps en temps.»