Les cotisations salariales pour l’assurance chômage vont légèrement augmenter et les chômeurs verront leurs prestations réduites. Le peuple a accepté dimanche par 53,3% une révision de loi qui doit assainir l’assurance. L’opposition de la Suisse latine n’y a rien fait.
Près de 948’000 personnes ont glissé un «oui» dans l’urne, un peu plus de 829’000 un «non». Les opposants à la réforme ont eu de la peine à mobiliser la population alors que le pic de chômage lié à la crise est passé. L’attention de la population a peut-être aussi été détournée par les récentes élections au Conseil fédéral.
La faible mobilisation n’a pas empêché la Suisse latine de mettre les pieds au mur. Le refus a été particulièrement marqué là où le chômage est fort. Les Jurassiens ont été les plus catégoriques avec 76% de «non». Il sont suivis par les Neuchâtelois à 67,8%, les Genevois à 60,5%, les Fribourgeois comme les Vaudois à 55,6% et les Valaisans à 55,3%.
Le Tessin a aussi rejeté la révision à 58%. Dans le canton de Berne, le Jura bernois et Bienne n’en veulent pas non plus, mais la majorité a fait pencher la balance en faveur de la réforme avec 53,6% de «oui».
Outre-Sarine, seul le canton de Bâle-Ville rejoint du bout des lèvres le camp des opposants (50,4%). Bâle-Campagne est de l’autre côté de la barrière avec 53,4% de «oui». La plus forte acceptation a été enregistrée à Appenzell Rhodes-Intérieures, avec 72,6%, suivi par Obwald à 69,1% et Zoug à 67,8%.
Gauche désavouée
Désavouée par la majorité, partis de gauche et syndicats n’ont pas réussi à renouveler le succès remporté devant le peuple en mars pour le maintien des rentes du 2e pilier. Conseil fédéral, partie bourgeois et milieux économiques affichent le sourire.
Leurs appels à assainir une assurance chômage dont la dette se creuse d’un milliard par an et atteint déjà 7 milliards ont été entendus. Le nouveau régime devrait permettre de retrouver l’équilibre en 17 ans.
Les cotisations salariales vont passer de 2 à 2,2%, financés à part égale par l’employé et l’employeur. Un pour cent de solidarité sera en outre prélevé pour amortir la dette auprès des personnes qui gagnent entre 126’000 francs et 315’000 francs par an. Les recettes devraient augmenter de 646 millions de francs.
Coupes dans les prestations
Côté prestations, il y aura des coupes de l’ordre de 622 millions. Les assurés devront cotiser davantage et plus longtemps pour un soutien parfois plus bref. Les jeunes seront particulièrement frappés par les restrictions.
A leur grand mécontentement, les régions durement frappées par la crise ne pourront plus étendre temporairement la durée d’indemnité à 520 jours. Exit aussi la possibilité de prolonger la durée du chômage partiel.
Le Conseil fédéral est légalement obligé d’assainir l’assurance. Il avait annoncé avant dimanche qu’en cas de «non», il porterait le taux de cotisation à 2,5% dès l’an prochain.
Non genevois à plus de 60%
Les Genevois refusent à 60,5% la révision de l’assurance chômage. Visant à rééquilibrer le budget de cette assurance, la réforme prévoit une hausse des cotisations salariales, qui passent de 2 à 2,2%, couplée avec des réductions ciblées des prestations, affectant notamment les jeunes de moins de 25?ans sans enfants qui ne seraient plus couverts que pendant 9?mois au lieu de 18. A 15?h?30, la révision semble passer la rampe à 53,3% à l’échelle nationale, alors que seul le canton de Berne n’a pas rendu ses résultats. Comme Genève, les autres cantons latins ainsi que Bâle-Ville ont rejeté la révision.
Selon François Longchamp, chargé du Département cantonal de la Solidarité et de l’Emploi, la révision aura des «conséquences particulières pour Genève, notamment sur la capacité du dispositif à absorber la prise en charge des chômeurs de longue durée, ceux qui doivent avoir notre attention maximale». Des contacts ont déjà été noués avec le secrétariat fédéral à l’Economie ainsi qu’avec l’Hospice général à Genève pour préparer la suite. Genève a notamment demandé en septembre un renouvellement pour six mois du régime d’indemnisations chômage prolongées, qui doit s’achever fin novembre. «On fera le maximum pour limiter les conséquences en mettant sur pied les appuis nécessaires», a promis le radical. L’exécutif pourrait notamment demander au parlement d’accélérer l’examen d’un projet de loi qui vise à améliorer la formation et la réinsertion professionnelle des bénéficiaires de l’aide sociale.
Le PS déçu demande une réduction des prestations seulement en 2012
Le PS regrette dimanche l’acceptation de l’assurance chômage par le peuple. Il plaide pour que les régions touchées par la crise ne soient pas privées des mesures de soutien et demande que la réduction dans les prestations n’entre en vigueur qu’au plus tôt en 2012.
«Le ’non’ clair en Suisse romande montre clairement que là où la situation économique est plus difficile, un vrai débat sur les conséquences de la loi révisée a eu lieu», relève le PS dans un communiqué. Ce ’Röstigraben» est préoccupant.
Le Conseil fédéral a accentué ce fossé lors de la campagne par des propos irréfléchis. Pour les socialistes, le gouvernement devra tenir compte de cette coupure entre les régions lors de l’application de la loi Les mesures anti-crise ne doivent pas être abandonnées avant un recul conséquent du chômage, ajoute le PS. La réduction des prestations ne devraient ainsi être introduites qu’au plus tôt en 2012.
Le non qui s’est exprimé souvent au-delà des partis de gauche montre aussi que l’avenir des assurances sociales comme l’AVS, l’AI ou l’aide sociale préoccupe beaucoup de gens et qu’il y a une forte résistance face à des tentatives de démantèlement.
Les patrons surpris de la netteté du résultat
Pour l'Union patronale suisse, le 'oui' à la révision de l'assurance chômage (LACI) confirme le caractère équilibré de la loi. Le peuple est d'accord de cotiser davantage si dans le même temps les prestations sont mieux ciblées, estime son directeur Thomas Daum.
La campagne de l'économie a clairement fait comprendre aux gens que tout le monde avait intérêt à viser une assurance chômage saine, a indiqué dimanche à l'ATS M. Daum, sur la base de résultats partiels mais clairs. Il s'est montré étonné de l'ampleur de la victoire du 'oui'. "J'avais compté sur un résultat plus serré", a-t-il confié.
Il ne s'est pas montré surpris par le net refus des cantons romands, la Suisse romande étant plus concernée par le chômage. "La votation en Romandie est tombée à un mauvais moment", concède-t-il, reconnaissant implicitement l'effet de la crise sur le résultat.