Huit ans que ni Pascale Jolliet ni ses deux enfants Elisa et Quentin, n’ont vu un médecin en blouse blanche! Oubliées pourtant les sinusites chroniques «à se taper la tête contre les murs», les poussées d’eczéma dues au stress ou cette infection urinaire qui avait même fini par mettre hors d’usage un des reins de la mère de famille!
Comme un gros tiers des Suisses, la résidente de Chexbres est une fervente adepte des médecines complémentaires. Tout naturellement, elle votera «oui» à l’inscription dans la Constitution de leur prise en charge, le 17 mai prochain. Comme 67% des citoyens, à en croire les sondages.
«Teintures mères, granulés homéopathiques, suppositoire aux huiles essentielles. Plein de choses peuvent se soigner grâce à ces moyens, explique la quadragénaire. Je trouve dommage que beaucoup de médecins traditionnels ne le reconnaissent pas, car les deux approches sont… complémentaires. Avec les médecines douces, corps et esprit sont étroitement liés. Cela m’a appris à écouter mon corps.»
Phénomène de mode
A Vevey, la Pharmacie du Marché constate depuis une année environ un véritable «trend médecine douce et retour à la nature». Le panneau situé
devant le magasin annonce d’ailleurs la couleur. Elle est verte: «Trouble de la prostate? Découvrez les forces fraîches de la nature!» «Aromathérapie, phytothérapie, homéopathie représentent de 20 à 30% de notre chiffre d’affaires», explique Jacqueline Badoud, qui a repris la boutique il y a dix ans. «Les patients doivent pouvoir choisir leur traitement», explique-t-elle pour justifier son futur «oui» aux votations.
Même son de cloche du côté du Centre de thérapie chinoise de Montreux. Sauf que Roxane Avanthey, la maîtresse des lieux, même si elle ne jure personnellement que par la phytothérapie, a déjà voté «non». «Les gens en ont marre de prendre des médocs et ont envie de se soigner naturellement. Mais en cas de oui, les médecines complémentaires ne seront remboursées que si elles sont pratiquées par des médecins FMH. Or, les spécialistes que nous employons ne le sont pas…» Patricia* sort d’une séance d’acuponcture à l’instant et n’en a que faire. Son mal de dos que la physio et les piqûres n’avaient permis de maîtriser n’a pas résisté aux expertes mains chinoises. Remboursée ou non, la trentenaire reviendra.
Points de vue extrémistes?
Ulrich Zeller n’a pas de médecin de famille mais des convictions radicales et bien ancrées en matière de santé. L’homme revendique même un certain prosélytisme. Pendant des
heures, il peut expliquer à ses clients, pour la plupart déjà convaincus, pourquoi il ne faut pas se faire systématiquement vacciner. «Trop souvent, la médecine classique se contente de supprimer les symptômes», lâche ainsi le patron du magasin d’alimentation naturelle veveysan Vita Santé. Lui préfère manger de la mélasse noire, du pain à l’épeautre et se soigner à l’homéopathie.
Un point de vue extrémiste? Pas si on le compare à celui de Brigitte*. «Les médecins traditionnels sont des apprentis sorciers. Ils prescrivent des médicaments dont les effets secondaires sont pires que ce qu’ils sont censés soigner», accuse cette ex-infirmière de 64ans. «J’ai cessé de travailler dans les hôpitaux il y a trente?ans. J’en avais assez de voir les gens se faire empoisonner!»
* Prénom fictif