Le sport et la culture helvétiques se préparent déjà à quelques années de vaches maigres, du fait de l’annonce par UBS des diminutions drastiques de son sponsoring. C’est maintenant au tour de la politique – et plus particulièrement aux partis bourgeois – de sentir le vent du boulet. Comme l’a confirmé hier le président sortant du conseil d’administration de la banque, Peter Kurer, à la SonntagsZeitung: «Bien avant mon départ, j’avais décidé de cesser notre contribution au financement des partis politiques aussi longtemps qu’UBS bénéficierait du soutien de l’Etat.»
Son tout nouveau successeur, Kaspar Villiger, soutient totalement cette décision. Et pour les mêmes raisons que Peter Kurer. Le Parti démocrate-chrétien suisse, l’Union démocratique du centre ainsi que le Parti libéral-radical vivent désormais des heures sombres, même si, à l’instar de la cheffe de la fraction radicale au National, Gabi Huber, les trois partis de droite affirment «avoir de la compréhension pour la décision d’UBS». Leurs finances vont redoutablement en pâtir. Il s’avère ainsi que le Credit Suisse et UBS leur octroyaient chaque année quelque 2 millions de francs. Le Parti radical suisse – avant sa fusion avec les libéraux – recevait à lui seul 340?000?fr. de la part d’UBS, sur un budget global de 3 millions de francs par année, dont 1,66 million sous forme de dons de «sympathisants». Le PDC engrangeait, quant à lui, 150?000?fr. d’UBS. Enfin, l’UDC, également bénéficiaire, se refuse à citer un quelconque chiffre. Mais elle pourrait s’en sortir mieux, du fait du soutien massif de deux de ses membres millionnaires, à savoir Christoph Blocher et Walter Frey.
«Ces dons ont rendu les partis totalement muets»
Si le Credit Suisse se déclare, pour l’heure, prêt à continuer à verser ses dons, le politologue alémanique Andreas Ladner se montre néanmoins très pessimiste: «Face au resserrement des versements de l’économie privée, explique-t-il ainsi, les partis politiques vont devoir prendre des mesures d’urgence pour survivre. Or, cela me paraît quasiment impossible de maintenir la qualité de la politique dans notre pays avec si peu de moyens.»
C’est pourquoi certains parlementaires bourgeois vont présenter, durant la session d’été aux Chambres fédérales, une motion appelant l’Etat à financer les partis, en participant notamment à leurs frais de fonctionnement. L’un des fers de lance de cette proposition est l’entrepreneur et conseiller national radical lucernois Otto Ineichen: «Ce n’est pas qu’un problème de survie, c’est avant tout une question de crédibilité du monde politique. Les dons de l’économie ont rendu les partis bénéficiaires totalement muets.»