«M aintenant, nous savons où ils sont.» Micheline Calmy-Rey n’a pas caché sa joie, hier après-midi face la presse. La ministre des Affaires étrangères commentait brièvement la nouvelle du jour: Max Göldi et Rachid Hamdani ont été remis par les autorités libyennes à l’ambassade suisse de Tripoli.
Sans mention d’aucun motif. Néanmoins, les deux ressortissants suisses, qui avaient été victimes d’un enlèvement à la mi-septembre (selon les termes du Département des affaires étrangères), sont réapparus dans la lumière des autorités suisses et de leurs familles. ?
Aucune concession
«Les otages ont été bien traités. Leur situation était toutefois difficile: ils ont été isolés et privés de liberté», a ajouté Micheline Calmy-Rey qui a pu leur parler. Bruna Hamdani, l’épouse de Rachid Hamdani, résidente de La Côte (VD) a également confirmé sur les ondes de la RSR qu’elle s’était entretenue avec son mari. Prison ou résidence surveillée? Micheline Calmy-Rey s’est refusée à préciser le lieu de détention de Max Göldi et de Rachid Hamdani. Par contre, elle a tenu à préciser que la Suisse n’avait fait aucune concession. La conseillère fédérale n’a donné son appréciation ni sur la sortie de crise ni sur la portée de la nouvelle stratégie plus dure décidée par le Conseil fédéral le 22 octobre dernier. Elle s’est bornée à souligner que «c’est une bonne nouvelle sur le plan humanitaire.»
Un geste de bonne volonté de la part de Tripoli, qui a également été salué par Amnesty International. L’organisation avait écrit lundi dernier aux autorités libyennes. Mais, pas plus que le Conseil fédéral, Amnesty n’arrive à évaluer la portée de son action.
Tribunal cher à Kadhafi
Car, de toute évidence, cette bonne nouvelle a pris tout le monde par surprise, y compris Micheline Calmy-Rey. Dimanche encore, le vice-ministre des affaires libyennes Khaled Kaim formulait dans la NZZ de nouvelles conditions. La Suisse devait, selon lui, condamner les propos des parlementaires qui avaient évoqué la possibilité d’une action militaire.
Aucune initiative diplomatique n’est en mesure d’expliquer totalement ce geste soudain des Libyens. Mais, selon certains connaisseurs du dossier, davantage que le durcissement de l’octroi des visas Schengen aux ressortissants libyens, c’est la suspension de l’accord qui aurait joué un rôle. Car cet accord procède surtout de la volonté libyenne de voir l’arrestation à Genève d’Hannibal Kadhafi appréciée par un tribunal international indépendant. La finalité étant d’obtenir réparation, du moins symbolique, pour l’affront porté à l’honneur des Kadhafi.
Le retour des otages à la case ambassade permettrait ainsi de porter l’affaire devant le tribunal. Mieux, glissent certains, la Suisse peut désormais conditionner la réactivation de l’accord (et du tribunal) au rapatriement des deux Suisses, bloqués en Libye depuis maintenant 479?jours.