Hier à Berne, les rumeurs les plus folles circulaient sur le parcours d’un des deux otages retenus en Libye. Un parlementaire bien au fait du dossier évoquait notamment un voyage hors du territoire libyen qu’aurait récemment effectué Rachid Hamdani en Tunisie, pays dont il possède également le passeport. Il est question de vacances en famille.
Pour mémoire, depuis le voyage de Hans-Rudolf Merz fin août à Tripoli dans l’espoir de débloquer la situation, les passeports et des visas de sortie ont été remis aux deux Suisses. Manque cependant l’aval des autorités judiciaires pour qu’ils puissent rentrer au pays. Si le séjour en Tunisie de Rachid Hamdani. n’est pas confirmé par le Département des affaires étrangères (DFAE), des aspects inconnus de sa trajectoire apparaissent au grand jour.
L’ingénieur helvético-tunisien domicilié à Crans-près-Céligny aurait en effet ses entrées dans le cabinet du premier ministre libyen Almahmoudi al-Baghdadi. Trois sources le confirment: «C’est vrai qu’il connaît le premier ministre. Il l’a même rencontré cette année, alors même qu’il est retenu en Libye, confie un connaisseur du dossier. Il fréquente également des gens de l’entourage du premier ministre.»
Parlementaires irrités
Ces révélations soulèvent de nombreuses questions. Si la thèse du voyage en Tunisie se confirme, pourquoi notre compatriote n’en a-t-il pas profité pour prendre la poudre d’escampette? Considérant les liens que Rachid Hamdani entretient avec le pouvoir libyen, comment se fait-il qu’il n’ait pas obtenu l’autorisation de rentrer en Suisse? Compte-t-il rester en Libye? Peut-on vraiment le considérer comme un otage? Sa famille en Suisse n’était pas atteignable pour répondre à ces questions.
Toutefois, nul doute que les parlementaires fédéraux ajouteront ces questions à la longue liste de leurs interrogations. Des élus qui, hier, ont tenté une fois de plus de faire la lumière sur les circonstances et le suivi du voyage de Hans-Rudolf Merz à Tripoli. Mais ce qui devait être une séance de questions-réponses avec le président de la Confédération et Micheline Calmy-Rey s’est transformé en monologues des deux ministres. «C’était du blabla. On n’a rien appris», s’emporte André Reymond (UDC/GE).
Quid de la fameuse «promesse écrite» mentionnée par Hans-Rudolf Merz ( voir ci-dessus) en vue du retour des otages avant la fin août? Les commissaires ont eu accès au document. Mais le contenu de la missive signée du premier ministre libyen a fait l’objet de nombreuses interprétations. Si pour les uns l’Appenzellois a eu raison d’y voir une promesse, d’autres ont fustigé la «naïveté» de l’Appenzellois, tant les formulations libyennes sont «alambiquées».
Lettre ambiguë
La Libye a laissé entrevoir par lettre à Hans-Rudolf Merz (PLR) que les deux Suisses retenus dans le pays pourraient bientôt rentrer. Voici quelques extraits traduits de la missive en anglais signée du premier ministre libyen.
«Finalement, j’aimerais donner l’assurance à Votre Excellence que les deux citoyens suisses, contre lesquels une procédure est en cours pour violation des lois sur l’immigration en Libye, ont toujours pu se déplacer librement en Libye et n’ont jamais, de quelque manière que ce soit, été mis aux arrêts. La procédure contre eux se poursuit et le procureur général traite leur cas de manière accélérée et conformément aux lois et dispositions libyennes. Nous nous attendons à ce que la procédure soit close dans quelques jours. En se basant sur le cours normal des choses dans des situations semblables, nous pensons que leur cas sera très bientôt réglé et qu’ils pourront quitter la Libye avant la fin du mois.»