Le dénouement de l’affaire des otages est imminent… Même s’il faut encore s’armer de patience dans le camp suisse. Hier, à l’issue de sa séance hebdomadaire, le Conseil fédéral a confirmé l’arrivée d’un de ses avions lundi après-midi sur le tarmac d’un aéroport de Tripoli (notre édition d’hier).
Les deux Suisses retenus sur place depuis plus d’une année ont aussi récupéré leur passeport et obtenu un visa de sortie. Mais, hier soir, un dernier obstacle devait encore être franchi: obtenir l’autorisation de départ des autorités judiciaires libyennes.
Les choses se sont accélérées après l’escapade surprise en Libye du président de la Confédération Hans-Rudolf Merz (PLR) jeudi dernier. A cette occasion, il a signé un accord entre les deux pays afin de régler la crise née de l’arrestation à Genève d’Hannibal Kadhafi.
Un dernier acte administratif et nos deux compatriotes reviendront donc au pays. «Ils doivent être rayés d’une liste par les autorités judiciaires pour pouvoir partir», précise Charles Poncet, avocat du gouvernement libyen en Suisse. Une simple formalité? A voir. Aucun délai n’a été annoncé aux autorités suisses, même si hier, le premier ministre libyen El Baghdadi promettait par écrit à Hans-Rudolf Merz que la conclusion des procédures n’était plus qu’une «question de temps».
Trêve au gouvernement
Quant au Conseil fédéral, il a resserré les rangs. Oubliée la guérilla verbale à laquelle se livrent le Département des affaires étrangères (DFAE) de la socialiste Micheline Calmy-Rey et celui des Finances (DFF) du radical Hans-Rudolf Merz, et à laquelle Eveline Widmer-Schlumpf (PBD) a aussi participé.
«L’explication à huis clos a certainement été orageuse», assure-t-on dans l’entourage du gouvernement, soulignant les nombreuses questions sur les agissements du DFAE et du DFF ces derniers mois.
Mais depuis hier, retour à l’union sacrée, ou au moins de circonstance. Les sept sages ont considéré que le contrat signé avec la Libye était valable, mettant ainsi fin aux doutes émis par de nombreux juristes et politiciens estimant que le président de la Confédération avait outrepassé ses compétences. La mise en œuvre va commencer. Un geste de bonne volonté à l’égard de Tripoli.
L’accord signé le 20 août prévoit notamment la nomination d’une personnalité étrangère pour représenter la Suisse au sein du tribunal arbitral chargé d’examiner les circonstances de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi en juillet 2008, ou encore le rétablissement des relations diplomatiques dans les 60 jours.
ABB se dit prêt à payer les frais de rapatriement
Après UBS qui s’est gentiment offerte de couvrir les coûts liés à l’évasion fiscale, la multinationale suisse est disposée à rembourser à Berne le retour de ses deux otages.
Selon le quotidien Cash, «le débat lié aux coûts de rapatriement des deux Suisses agite déjà les couloirs du Palais fédéral». Aller-retour Berne-Tripoli de Swiss Air Force, voyages de Merz et de Calmy-Rey, mobilisation de haut fonctionnaires: si la facture n’est pas encore dressée, cela coûtera bonbon…
Qui va payer? La question peut paraître anodine, en regard de la joie de récupérer le salarié d’ABB et son compagnon d’infortune. Mais elle ne l’est pas. Car si la Suisse a toujours associé la punition des deux Suisses à l’arrestation d’Hannibal Kadhafi, il n’en va pas de même pour les Libyens.
Selon Tripoli, cette interdiction de quitter son sol a découlé de l’absence de permis de travail en règle. Or, si cela devait s’avérer, ABB en porterait une lourde responsabilité. «Cette question n’est pas encore éclaircie, confirme Thomas Schmidt, porte-parole d’ABB. Mais nous trouverons une excellente solution.»
Finir comme les Suisses: la hantise des expatriés
Le sort des deux Suisses retenus depuis plus d’un an à Tripoli est évidemment l’un des principaux sujets de discussions… et de préoccupation des expatriés vivant en Libye, ce pays «où tout peut arriver».
Dans un passionnant article publié mardi, le correspondant à Tripoli du Times, Martin Fletcher raconte comment, dès le mois d’avril, les expatriés occidentaux ont été mis en garde contre les répercussions qu’aurait pu avoir la mort, en Ecosse, d’Al-Megrahi, le seul condamné pour l’attentat de Lockerbie, atteint d’un cancer en phase terminale. En d’autres termes, les «expats» devaient se préparer à subir des représailles si l’homme venait à décéder en prison. Heureusement pour eux, l’Ecosse a relâché le prisonnier la semaine dernière.
Cela dit, à quelques jours du 40e?anniversaire de la révolution libyenne (le 1er septembre), Fletcher raconte comment il a tenté, lundi, de rendre visite à l’otage réfugié à l’ambassade de Suisse où il vit en compagnie du seul diplomate que Berne maintient à Tripoli. Après avoir été intimidé par deux policiers, il s’est vu poliment refuser l’accès à l’otage par le diplomate.