PORTRAIT

Nicolas «Abdullah» Blancho, un converti en mission pour l’islam

Par ROMAIN CLIVAZ BERNE le 14.04.2010 à 00:05

Pointé du doigt par plusieurs médias alémaniques, Nicolas «Abdullah» Blancho se défend. Non il n’est pas un dangereux islamiste. Oui, lui le converti se réclame d’un islam rigoriste.

Nicolas «Abdullah» Blancho est de toutes les manifestations musulmanes d’envergure. Celle contre les caricatures de Mahomet en février 2006. Ou encore celle de décembre 2009 faisant écho à l’interdiction de la construction de minarets. Depuis ce vote, celui qui s’est converti à l’âge de 16?ans est un personnage incontournable de la scène musulmane suisse. En janvier de cette année, il lançait le Conseil central islamique suisse (CCIS), une organisation qu’il préside. Elle défend une pratique traditionaliste de l’islam normatif sunnite. Et elle fait peur!?

«Moi, le plus dangereux islamiste de Suisse? Les accusations de la Weltwoche m’ont bien fait rire», ironise Nicolas «Abdullah» Blancho, avant d’ajouter, sur un ton plus grave, «être la cible d’une campagne de diffamation d’une rare violence. J’ai été attaqué pas de nombreux autres journaux.» Il est vrai que ces derniers jours les articles sur les activités du CCIS se sont multipliés. Il y était notamment question de «terreau pour des terroristes, comparable à la fraction Armée rouge en Allemagne», ou encore «de volonté de créer une société parallèle».

Ecoles islamiques

Le converti du Seeland réplique, d’une voix posée comme à son habitude: «Il n’a jamais été question de société parallèle. Nous voulons tout simplement ouvrir nos propres écoles, ce qui permettait d’éviter des problèmes concrets. Il n’y aurait plus de mixité des cours de natation, car c’est une pratique inacceptable en islam. De même le port du voile serait bien évidemment autorisé, mais pas obligatoire. Les plans d’études, aménagés, seraient les mêmes. Nous ne cherchons pas à isoler les enfants, mais à leur donner une forte base identitaire dans un cadre musulman. Il existe bien des écoles juives.»

L’Etat suisse devra-t-il prendre en charge ces velléités aux forts relents communautaristes? «Ce ne sera pas à la collectivité de payer. Nous le ferons avec nos propres moyens», précise ce germanophone dans un français impeccable. Assis dans une salle de cours de l’Université de Berne, on pourrait le confondre avec n’importe quel étudiant s’il ne portait pas une longue barbe rousse. Vu que le CCIS compte actuellement environ un millier de membres à 12?francs de cotisation par an, compte-t-il sur des bailleurs de fonds étrangers? «Non. Mais la création d’une école est une vision à plus long terme. Nous aurons le temps de nous développer.»

Très présent sur le Web

Si les moyens pour un établissement scolaire ne sont pas encore disponibles, cela ne semble être le cas pour le développement du site Internet. Le CCIS dispose d’une plate-forme bien fournie et actualisée dans sa version allemande, ce qui est nettement moins le cas en langues française, anglaise et arabe (www.izrs.ch). Dans une vidéo réalisée devant le Palais fédéral, le président du CCIS prend par exemple position sur les différents articles parus dans la presse alémanique. Réactivité maximale donc sur la Toile. «Et sans financement étranger», assure le Biennois.

Nicolas «Abdullah» Blancho se sent investi d’une mission: défendre sa religion. «Certes la Constitution et les lois en garantissent la pratique. Mais dans la réalité la situation se dégrade. Des principes comme la liberté d’expression ou de conscience tendent à être relativisés. Il faut être vigilant, car le droit suisse constitue un toit pour toutes les communautés. Dans un monde globalisé, notre pays doit apprendre à vivre avec ses musulmans. Autant que le christianisme ou encore le judaïsme, l’islam est aujourd’hui une religion suisse.» Des mots forts, formulés sur un ton toujours mesuré.

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