RADIO-TV

Monsieur Prix propose la suppression de Billag

Par SERGE GUMY le 16.02.2009 à 00:01

Pourquoi verser 53 millions par an à Billag pour encaisser la redevance? Le surveillant des prix propose que le paiement se fasse avec l’impôt fédéral direct. A Berne, le Département de Moritz Leuenberger affirme que rien ne devrait changer avant 2014.

«Il n’y a aujourd’hui plus aucune justification au maintien d’une entreprise séparée qui encaisse la redevance radio-TV. Ces quelque 55 millions sont un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.» Le réquisitoire de Stefan Meierhans est implacable: pour le surveillant fédéral des prix, Billag SA n’a simplement plus de raison d’être.

Pourquoi réclamer ainsi la tête de Billag? Stefan Meierhans invoque le progrès technologique. «Tout le monde a désormais accès à la radio et à la TV. Il y a plus de téléphones portables que d’habitants en Suisse. Et toutes les voitures sont dotées d’un autoradio.»

Or, si tout le monde doit payer la redevance, à quoi bon maintenir une société d’encaissement et de contrôle qui a coûté 53 millions à la Confédération l’an passé? Stefan Meierhans propose donc que les citoyens paient la redevance à l’Administration ­fédérale des finances, en même temps que l’impôt fédéral direct. L’argent économisé devrait servir à diminuer la redevance. Pas question toutefois de financer les radios et TV de service public en puisant directement dans la caisse générale de la Confédération. «Ce serait dangereux pour l’indépendance journalistique.»

Une initiative populaire en préparation

La voix de Stefan Meierhans s’ajoute au concert de critiques qui pleuvent ces derniers temps sur Billag SA. Sur Internet, une initiative populaire est en préparation, qui demande une redevance plus juste – en clair, moins chère. Pas moins de 29?000 personnes ont ainsi déjà rejoint le groupe «Bye bye Billag», qui s’est formé sur le site participatif ­Facebook. Aux Chambres fédérales aussi, des voix de droite réclament à la filiale de Swisscom des comptes plus transparents. Le Conseil fédéral doit d’ailleurs répondre ces prochaines semaines à une interpellation de l’UDC zurichoise Nathalie Rickli.

Les organisations de défense des consommateurs mettent ­elles aussi la pression. «En soi, Billag encaisse ces 53 millions sans aucune plus-value», ­confirme Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (FRC). «On aura certes toujours besoin d’un inspectorat limité pour vérifier les déclarations des clients, mais une grande partie de cette somme pourrait être économisée.»

Billag SA fait le dos rond

Dans la tourmente des politiques et de l’opinion, Billag SA fait le dos rond. «Il s’agit d’une discussion politique. Il ne nous appartient pas de commenter ces propositions du surveillant des prix», réplique Jonny Kopp, son chef de la communication. Qui rappelle au passage que Billag est au bénéfice d’un contrat courant jusqu’en 2014. «Pas besoin d’attendre ce moment pour discuter, voire de changer ce ­contrat», estime toutefois Stefan Meierhans.

Monsieur Prix risque néanmoins d’être déçu. «D’ici à 2014, nous ne bougerons pas, à moins que le parlement ne nous en donne l’ordre, confirme Daniel Bach, porte-parole du Département fédéral de la communication (Detec). Jusqu’à maintenant, en effet, Billag a fait du bon travail.» Daniel Bach ajoute que lors du dernier appel d’offres, la filiale de Swisscom était moins chère que tous ses concurrents.

Et après 2014? Toutes les pistes sont encore ouvertes, selon les services de Moritz Leuenberger: statu quo, paiement avec l’impôt fédéral direct, comme le suggère Monsieur Prix, ou à l’achat d’un appareil, comme en Allemagne.


Billag encaisse plus de 1 milliard par an

Forte de 300 employés environ, pour un budget que sa maison mère Swisscom refuse de dévoiler, Billag SA a encaissé l’an passé 1,2 milliard de francs au titre de la redevance. Celle-ci sert à financer non seulement les chaînes de service public, autrement dit la SSR, mais aussi les radios et télés régionales.

Actuellement, la redevance se monte à 468 francs par an et par ménage. Le groupe «Bye-bye Billag» aimerait quant à lui réduire ce montant à 100 francs par personne.

Le mandat de Billag SA se base sur la Loi fédérale sur la radio et la télévision. Celle-ci stipule que les 3 millions de ménages techniquement en mesure de recevoir la radio et la télévision doivent s’acquitter de la redevance. Cela vaut non seulement pour les propriétaires de transistors et de postes TV, mais aussi pour quiconque peut capter les programmes grâce à des appareils multifonctionnels (ordinateurs, téléphones portables).

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