Attention, sujet chaud. Près de six heures de débat hier au National ont permis de prendre la température de l’initiative antiminarets lancée par l’UDC. Inutilement insultante envers la communauté musulmane, dangereuse, provocatrice… Les adjectifs forts n’ont pas manqué pour qualifier un texte qui sera finalement soumis au peuple, en principe cette année encore.
La gauche aurait voulu stopper net l’initiative et la déclarer irrecevable. «Une bombe à retardement qui multiplie les amalgames vicieux», selon Josiane Aubert (PS/VD). L’initiative pourrait porter atteinte aux droits des minorités et à la liberté de culte, pensent de concert Carlo Sommaruga (PS/GE) et Andreas Gross (PS/ZH).
Quelques élus du centre emboîtent le pas, tel Jacques Neyrinck (PDC/VD), qui exprime toute sa «répugnance devant un débat ridicule, odieux et dangereux». Malgré tout, la majorité du parlement se rallie à l’avis du Conseil fédéral: l’initiative ne viole pas de droits fondamentaux puisqu’elle s’en tient à vouloir interdire les minarets, et pas les mosquées ni la pratique du culte musulman.
«Tous les partis y sont opposés, hormis l’UDC; le peuple saura voter en conscience, pense Hugues Hiltpold (PLR/GE). Il y a une dimension symbolique derrière ce minaret qui réclame de lancer une bonne fois le débat de l’islam dans la société.»
Et les cloches?
En effet, l’UDC ne vise pas que les minarets, loin s’en faut. Jasmine Hutter (UDC/SG) affirme vouloir combattre en vrac la charia, les extrémistes et «l’islamisation» de la société suisse. Et d’ajouter: «Aucune Suissesse ne tolère la façon dont les fondamentalistes musulmans traitent les femmes.»
Réplique de Jacques Neyrinck: «Les catholiques discriminent aussi les femmes en leur interdisant l’accès à la prêtrise; allez-vous leur interdire de sonner les cloches?»
Le débat sur la place de l’islam dans la société «doit se faire, car ce souci est palpable dans la société, considère Christian Wasserfallen (PRL/BE). Mais interdire la construction de bâtiments ne résout rien. Ce texte aurait sa place dans un règlement d’urbanisme communal.»
Hans Fehr (UDC/ZH) fustige le manque de «volonté d’intégration» de certains musulmans. Il use de la métaphore militaire, qualifiant les minarets de «baïonnettes du pouvoir islamique contre les mécréants» – citation attribuée à un ministre turc.
Oskar Freysinger (UDC/VS) se lance dans la théologie, observant que «le christianisme a retenu le concept d’amour du prochain, alors que 3% seulement des textes islamiques parlent d’amour du prochain».
Croisades inutiles
En face, on tente d’éteindre le feu. «On a vu que les croisades ne servaient à rien», rappelle Pius Segmüller (PDC/LU). Certains évoquent les mesures de rétorsion possibles de pays musulmans contre la Suisse, politiques ou économiques. «Dans notre pays, c’est le droit civil qui s’applique et non la charia», croit même devoir rappeler Evelyne Widmer-Schlumpf à l’heure du vote.
«Cette initiative menace la paix confessionnelle, elle ne contribue en rien à la sécurité publique et elle pourrait porter atteinte à des règles cantonales et communales en matière de construction.» Le Conseil national rejette finalement le texte par 129 voix contre 50.