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Lüscher: «Je représente une droite décomplexée»

Par ROMAIN CLIVAZ et EMMANUELLE DREVON le 03.09.2009 à 00:02

Christian Lüscher, en course pour le Conseil fédéral, était hier l’invité de la «Tribune de Genève». Le Genevois est apprécié de l’UDC mais revendique haut et fort ses convictions libérales. Il souhaite que le Conseil fédéral s’occupe davantage de questions stratégiques. Avec lui?

Jour J-12 pour le Genevois Chrisian Lüscher (45?ans), candidat libéral-radical à la succession de Pascal Couchepin aux côtés du Neuchâtelois Didier Burkhalter. Motivé, déterminé, mais aussi conscient de ses lacunes sur des dossiers comme les transports ou l’environnement, il est prêt à en découdre. Sans trahir ses convictions. Interview.

Dès votre nomination connue sur le ticket du PLR, on a parlé d’une candidature alibi, d’un gage à l’UDC, une fausse impression?
Non, je ne suis pas une candidature alibi, même si le rôle d’outsider me convient. Je suis un vrai candidat et mon groupe parlementaire m’a choisi en fonction de ma personnalité et de ce qu’ils ont estimé être mes compétences et mon expérience professionnelle et parlementaire.

Après deux ans à Berne et sans expérience d’un Exécutif, n’est-ce pas prétentieux de prétendre à la fonction suprême?
Ce qui m’étonne c’est que ce sont les mêmes personnes qui s’agacent de ma candidature qui, il y a quelques mois, applaudissaient à tout rompre celle du président américain. On appréciait alors son audace malgré son manque d’expérience parlementaire.

Vous comparez-vous à Obama?
En aucune manière, car ce serait pour le moins prétentieux. Je parle de faits. Barack Obama avait deux ans d’activité parlementaire, il a travaillé comme assistant social et on s’enthousiasme à raison pour son parcours. N’y voyez pas une manifestation de prétention de ma part; d’ailleurs, notamment grâce au théâtre, je pense avoir acquis un certain sens de l’humilité et de l’autodérision.

Votre personnalité fait l’objet de nombreux commentaires. N’êtes-vous pas trop extraverti?
Est-ce une erreur d’être extraverti en politique? Ceux qui me connaissent savent que je suis tombé amoureux de la vie politique fédérale et que je le montre volontiers. Il y a à Berne un réel échange d’idées. Si on y consacre le travail, l’énergie et l’enthousiasme nécessaires, on est pris au sérieux et écouté.
Ce qui est important, c’est la question suivante: suis-je capable d’apporter quelque chose d’intéressant à ce pays? au Conseil fédéral? Quelles idées puis-je insuffler et comment s’appliqueront-elles concrètement?

Il y a déjà une Genevoise au Conseil fédéral. Un handicap?
La Constitution fédérale a justement été modifiée dans ce sens et il s’agirait d’une simple mise en pratique de ce changement. En outre, la question de l’origine cantonale a perdu de son importance. J’ai une sensibilité romande mais aussi nationale et internationale. Si je suis élu, je serai un conseiller fédéral qui parle français et qui représente les Suisses.

L’UDC vous apprécie. Qu’est-ce qui vous différencie?
Sur de nombreux sujets, l’UDC, les libéraux-radicaux et les démocrates-chrétiens votent de la même manière. Mais je ne partage pas la position de l’UDC sur les minarets ou encore sur la question des étrangers. L’UDC pose parfois les bonnes questions mais il arrive que les solutions ne soient pas assez nuancées. Ce qui plaît probablement à l’UDC, c’est que je m’exprime clairement et que je représente une droite décomplexée. Mais je ne suis pas le candidat de l’UDC!

Un scénario: au 3e tour vous devancez Didier Burkhalter. Quid si votre chef de groupe vous demande de vous retirer?
Je me retirerai. Je suis loyalgroupe. C’est un engagement que j’ai pris, je m’y conformerai sans la moindre discussion. Cela étant, il est fort improbable que je sois devant Didier Burkhalter au troisième tour.


Un candidat dans une séance de rédaction

Hier matin, 10?heures: Christian Lüscher assiste à la séance de rédaction de la Tribune de Genève. L’avocat et candidat libéral au Conseil fédéral tombe la veste puis répond sans détour aux questions soulevées par l’actualité du jour.

Christian Lüscher commence par déplorer une absence: la Tribune de Genève n’évoque pas le soutien que les radicaux ont décidé de lui accorder pour l’élection du 16 septembre. «C’est la première fois que les radicaux genevois soutiennent officiellement un libéral, et il n’y a pas un mot dans votre journal!»

Epinglé sur son association avec Charles Poncet, avocat du meilleur ennemi de la Suisse (la Libye), le conseiller national assure que dans des cas aussi sensibles, «nous construisons une muraille de Chine: il ne me parle pas de l’affaire et je n’ai pas accès au dossier. Avant de traiter des affaires délicates, nous procédons à un conflict check, pour éviter les conflits d’intérêts ou moraux.»

Le candidat libéral fut aussi administrateur du Servette jusqu’en 2004. Qu’en pense-t-il aujourd’hui? «Je ne vais plus aux matches. Le milieu genevois ne s’intéresse plus à Servette. C’est la mentalité romande: on veut avoir Manchester United mais sans y mettre 5?francs! Concernant la faillite, ceux qui ont mal agi ont été jugés. C’est une affaire terminée.»

Interrogé sur l’avenir de l’information, le libéral, actif sur Facebook, considère ce réseau social comme l’instrument de communication politique moderne. «Nécessaire mais pas suffisant.»

Frédéric Julliard


Présidence de deux ans

«Ma vision du Conseil fédéral? Ses membres devraient plus s’occuper de questions stratégiques, et moins de gestion opérationnelle. Il s’agit de gouverner et non d’administrer. Ce ne sont pas des hauts fonctionnaires, mais des donneurs d’impulsions ayant le temps de voir plus loin.»

Et la collégialité? «Les ministres forment une équipe où la confrontation d’idées est centrale. Mais une fois la décision prise, le message doit être le même au parlement, devant le peuple, à l’étranger.»

Faut-il dès lors changer les institutions? «Dans certains domaines oui, notamment en ce qui concerne la durée du mandat du président en raison de sa visibilité politique et institutionnelle dans le domaine de la politique extérieure. Toutefois la situation actuelle ne doit pas être un prétexte pour s’écarter systématiquement du principe de solidarité. En effet, si un conseiller fédéral décide de ne pas respecter la collégialité, ce n’est pas une simple réforme qui l’en empêchera. C’est plus une question philosophique et de fair-play que de structures.» (rc/ed)


La Santé? La Culture?

Comment un libéral compte-t-il empoigner des dossiers où l’Etat est omniprésent? Notamment à la tête de l’Intérieur, qui devrait être attribué au nouvel élu…
En essayant de concilier deux principes de base, qui peuvent parfois être antinomiques: la responsabilité individuelle et la solidarité. En matière de soins, personne ne doit être laissé au bord de la route. En revanche, je pense que les gens devraient se sentir un peu plus responsables de leur «capital santé». La santé doit être perçue comme un bien personnel. Des cours sur la santé à l’école seraient utiles, par exemple.

Ceux dont l’hygiène de vie est imparfaite passeront-ils à la caisse?
Non. La nécessité d’entretenir sa santé doit simplement imprégner les esprits. Ces mécanismes d’incitation doivent encore être définis. Mais il est exclu d’avoir une médecine à deux vitesses.

Mais à plus court terme, que ferez-vous?
Il n’y a pas de recettes miracle. En principe, tout ce qui contribue à plus de transparence et de concurrence doit être envisagé. La dissuasion est aussi importante. Les consultations téléphoniques, avant de se rendre à l’hôpital ou chez le médecin, sont une bonne chose. Il faut agir sur le prix des médicaments. Mais attention, il faut aussi respecter la propriété intellectuelle. Ce qui suppose une limitation des importations parallèles.

Comment le libéral se fait-il à l’idée de planifier l’offre de soins?
Un libéral suit une philosophie porteuse de valeurs, et non une idéologie. Le pragmatisme prime ici. Il est pour moi essentiel que les personnes qui ont besoin de soins puissent les obtenir, et il faut tenir compte de cette nécessité qui est intégrée dans mes valeurs.

Vous serez aussi ministre de la Culture. Quelle est votre vision?
C’est un des dossiers dans lesquels je reconnais devoir améliorer mes connaissances concrètes. Mais ce qui est clair dans mon esprit, c’est que les artistes ne produisent pas pour leur seul intérêt de leur communauté, mais bien pour le public.

Vous êtes plutôt «Bienvenue chez les Ch’tis»ou cinéma d’art et d’essai?
Je suis persuadé que l’on peut faire du cinéma qui soit à la fois de qualité et apprécié du public. J’ai parfois l’impression que certains auteurs jugent la qualité de leur œuvre à leur impopularité.

Faut-il remettre en cause les subventions à la culture?
Non. Je ne remets pas en cause le principe selon lequel l’Etat doit participer au financement de la culture. Des partenariats public-privé sont tout à fait envisageables par ailleurs.
(rcz/emd)

 

 

 

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