C’est une première en Suisse. Et un projet unique en Europe. En 2013, la bourgade de Rathausen, dans le canton de Lucerne, va ouvrir un parc d’attractions sur le thème du handicap. Au menu: exercices avec des manteaux empêchant ceux qui les portent de faire les gestes du quotidien. Parcours dans des salles où les tables, chaises et autres commodes sont placés de façon bizarre, pour modifier les perceptions. Rencontres avec des personnes handicapées. Entre quinze et vingt pièces à thème sont prévues dans l’ancien cloître du village qui sera restauré pour l’occasion. Coût total de l’opération Paradrom : 22?millions de francs.
«Comme au zoo»
«L’idée est de sensibiliser la population aux gens qui vivent avec un handicap, explique Pius Segmüller, conseiller national démocrate-chrétien et initiateur du projet. En montrant ce que ces personnes vivent et ressentent, nous espérons sensibiliser les visiteurs et favoriser les rencontres.» Le Paradrom est soutenu par le canton de Lucerne et bénéficie des fonds de la loterie. Conçu comme un projet national, il pourra être visité en plusieurs langues. Quelque 30?000 personnes par année sont attendues pour une visite d’une durée de trois?heures.
Mais le projet suscite un certain scepticisme de la part des organisations d’aide aux personnes handicapées. «L’idée de fond est louable, relève Bruno Schmucki, porte-parole de Procap, organisation d’entraide de personnes handicapées comptant 20?000 membres. Mais ce n’est pas en mettant les gens durant une heure dans un fauteuil roulant qu’on va les sensibiliser. Un bon projet est un projet qui intègre les personnes invalides dans la société. Les 22?millions de francs auraient tout aussi bien pu être investis dans des rampes d’accès aux bus, aux trains ou aux théâtres.»
Une opinion partagée par Pro Infirmis, la plus grande organisation de Suisse pour les personnes handicapées. «Le Paradrom ne donne pas une vision moderne du handicap, constate Mark Zumbühl, porte-parole. Nous ne pouvons pas soutenir un lieu où les gens iraient le dimanche comme ils vont au zoo ou au Musée des transports.» Christa Schönbächler, codirectrice d’insieme Suisse, la fédération des associations de parents de personnes mentalement handicapées, se montre un brin plus ouverte: «L’idée de permettre à des personnes handicapées et non handicapées de se rencontrer est bonne. Mais tout dépendra de la forme que prendra le parc. Il est primordial que les visiteurs comprennent que ces personnes ne peuvent pas être réduites à leur «déficience». Le handicap est aussi dû à des barrières sociales et des manques de soutien.»
Touché par ces critiques, Pius Segmüller évoque un malentendu. «On ne va pas faire un parc d’attractions au sens commun du terme et personne ne sera ridiculisé! se justifie-t-il. Ces organisations pensent sans doute qu’on veut leur argent. C’est faux. Nous aimerions collaborer et allons donc leur réexpliquer notre idée.»
Une rencontre est prévue en septembre.