DEBAT

La liberté d'expression? "Elle a beaucoup d'ennemis"

Par Arthur Grosjean le 01.03.2011 à 21:35

Un banquet républicain sur la liberté d'expression s'est tenu mardi soir à Genève devant plus de 100 personnes. Kadhafi, Dieu et Dieudonné étaient de la partie.

Pour fêter le tricentenaire de Rousseau, la Ville de Genève a décidé d'exhumer les banquets républicains, lancés au 19e siècle pour contourner la censure qui frappait les réunions politiques. Une verre de Merlot ou de Pinot gris à la main, un blanc de poulet dans la bouche, plus d'une centaine de convives ont donc festoyé mardi soir à l'école hôtelière,  les oreilles grandes ouvertes, en écoutant une dizaine d'orateurs venus parler d'un thème polémique: la liberté d'expression.

L'ancien procureur Bernard Bertossa a ouvert les feux en rappelant que, selon la déclaration de 1789, la liberté d'expression "est un des droits les plus précieux de l'Homme mais qu'il ne s'agit pas d'un droit illimité". Déformation professionnelle ou non, il a égrené la longue liste de restrictions qui s'applique dans la loi. Cela va de la restriction individuelle (injures, diffamation, calomnie) à la protection publique (pornographie, racisme) en passant par outrage à chef d'Etat ou secrets professionnels ou de fonction. A propos d'outrage à chef d'Etat, le redacteur en chef de la Tribune de Genève, Pierre Ruetschi, s'est ému de "la censure disproportionnée" appliquée par le Conseil fédéral pour une affiche politique sur Kadhafi et des foudres de la justice qui exige le contrôle préventif des blogs.

"La liberté d'expression a beaucoup d'ennemis" a relevé l'ancien président du Grand Conseil Michel Halpérin. Et de citer les conservateurs religieux qui parlent au nom de Dieu pour imposer leur vérité, les idéologues qui ne supportent aucune critique ou les humanistes niais qui, au nom des bons sentiments, martèlent la pensée unique. S'est-il senti visé? Toujours est-il que Patrice Mugny, patron de la culture à Genève, a justifié une nouvelle fois sa sanction à l'égard de l'artiste Dieudonné, interdit de salle municipale par décret du Conseil administratif. Il y voit non pas une censure mais un geste politique fort à l'égard d'un personnage antisémite qui a dérapé à de multiples reprises.

Poil à gratter de la soirée: l'éditeur de Xénia, Slobodan Despot. Après s'être dit prêt à se faire l'avocat de Bush, Ben Ali et Kadhafi, puisque le politiquement correct l'interdit aujourd'hui, il a déploré la frilosité des orateurs précédents. "Vous parlez liberté d'expression mais vous énumérez surtout les conditions de la censure. Conditions qui changent au fil du temps". Et de conclure en substance qu'il y a peu de liberté d'expression et beaucoup de dressage.

 

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