La balade au paradis a viré à l’horreur. Hier, peu avant midi, le déraillement du train touristique Glacier Express dans la vallée de Conches a fait un mort et
42 blessés, dont une dizaine grièvement. La plupart sont des touristes japonais.?
Pour une raison inconnue, les trois derniers wagons de la rame panoramique ont déraillé au sortir d’une courbe, entre les villages de Lax et de Fiesch. Deux des voitures se sont couchées sur le côté. Tous les moyens de secours de la région ont afflué sur les lieux: neuf hélicoptères, onze ambulances, 15 médecins, 70 pompiers et plus de 40 policiers.
La route cantonale reliant Brigue au col de la Furka, à 50?mètres en contrebas, a été fermée pour permettre le déploiement des secours. «Un nombre incroyable de touristes a afflué pour prendre des photos, raconte un témoin. Il pleuvait et tout à coup cet accident est devenu l’attraction.»
Les sauveteurs, eux, ne sont pas à la fête: il faut désincarcérer les victimes. Le terrain pentu rend la tâche difficile. Les secours sécurisent d’abord l’un des wagons, qui tangue dangereusement: il n’est retenu que par un pylône et menace de rouler dans la pente.
Dans l’après-midi, l’annonce de la mort d’un blessé plombe l’atmosphère. «Le climat a tout de suite tourné, raconte le témoin. Au début, les spectateurs ne voyaient pas bien les wagons couchés derrière les arbres, dont l’un était presque retourné. Maintenant que l’ampleur du drame est connue, les gens sont choqués.»
Blessés hospitalisés à Lausanne et à Genève
Les victimes sont acheminées dans les hôpitaux valaisans. Un hélicoptère de la Rega transporte une touriste japonaise dans un état critique au CHUV. Une autre est redirigée vers les HUG. Sur place, les autres passagers du train (qui transportait 210?personnes) sont acheminés au Feriendorf de Fisch: un immense village de vacances qui accueille colonies et séminaires. Une cellule psychologique est mise en place. Les autorités valaisannes mettent sur pied une helpline pour les proches des victimes (0848?112?117).
Malgré les difficultés, l’opération de sauvetage est «un succès», estime Jean-Marie Bornet, chef de l’information à la police valaisanne: «Les sauveteurs sont arrivés rapidement sur place et nous avons pu médicaliser les victimes très vite.»
Une hypothèse avancée avec prudence
La vallée de Conches est sous le choc. Le mois dernier, un terrible accident de car, à Reckingen, avait déjà ôté la vie à deux touristes canadiens et blessé 28?personnes. Le déraillement du mythique Glacier Express choque d’autant plus que l’événement est a priori incompréhensible. Pourquoi les trois wagons de queue (première classe et voiture-restaurant) de ce train réputé pour sa lenteur ont-ils déraillé au lieu-dit Wirbelti, juste avant un viaduc? La police se perdait hier en conjectures. «Les causes de l’accident sont très difficiles à comprendre, admet Jean-Marie Bornet. Le lieu n’est pas accidenté, la pente est faible et c’est vrai que le train circule lentement. Aucun éboulement n’a été constaté. A ce stade, tout est encore ouvert.»
Une cause technique n’est pas à exclure. Pas plus que l’éventualité d’un décrochage des wagons: les voitures «déraillées» ont été retrouvées en aval du reste du convoi. Une première hypothèse était avancée hier soir, avec une grande prudence: les différences de températures de ces derniers jours pourraient avoir déformé les rails. «Un expert fédéral va nous appuyer pour examiner cet accident dans les moindres détails», conclut Jean-Marie Bornet.
La ligne Saint-Moritz-Zermatt «restera fermée au moins jusqu’à samedi», indiquait Willi in Albon, de la direction de la compagnie ferroviaire MGB (Matterhorn Gotthard Bahn) qui exploite le Glacier Express. En attendant, le service sera assuré par des cars postaux. C’est le premier accident grave qui touche cette ligne.