Il ne manquait que cette dispute pour achever la révision de l’assurance-chômage. Juste avant le vote final des Chambres fédérales, demain, voici que la Jeunesse libérale-radicale et celle des démocrates-chrétiens s’affrontent à coups de communiqués. Les Jeunes libéraux-radicaux appellent le parlement à retirer ce projet de révision qui, pourtant, devrait être soutenu par leur parti. Ils considèrent qu’il est voué à échouer lors de la votation populaire voulue par la gauche. Et puis cette loi pèse trop sur les jeunes sans emploi. Les Jeunes démocrates-chrétiens ont répondu du tac au tac. Explications croisées des vice-présidents en charge du dossier chez les uns et les autres.
«L’effort doit être partagé»
CONTRE LA LOI
Philippe Nantermod, 23?ans, Valaisan, vice-président suisse des Jeunes libéraux-radicaux.
Pourquoi appelez-vous les Chambres à retirer la réforme de l’assurance-chômage?
Le résultat de la votation du 7 mars sur le 2e?pilier a montré qu’il est impossible de faire passer des réformes sociales par temps de crise.
Le compromis conclu par les deux Chambres n’est-il pas défendable?
Leurs concessions vont à l’encontre de l’assainissement de l’assurance-chômage dans la durée. Le projet va dans le bon sens, mais cela reste une
réformette.
Le Parti radical parle d’urgence. Vous voulez prendre le temps. Raisonnable?
Les finances fédérales ne vont pas si mal. On peut se donner le temps de parvenir à une révision en profondeur qui soit équilibrée dans les efforts à consentir. Dès la sortie de crise, les réflexions seront plus sereines.
Selon vous, ce projet ne va pas assez loin, mais quand même trop loin pour les jeunes. N’est-ce pas contradictoire?
Je comprends que l’on puisse demander aux jeunes d’être plus flexibles, plus mobiles, plus engagés dans la recherche d’un emploi. Mais l’effort doit être mieux partagé pour que la nouvelle génération, qui est prétéritée aujourd’hui, n’hérite pas en plus d’une assurance-chômage toujours endettée.
La formation compte-t-elle parmi les insuffisances de ce projet?
Les réflexions autour de la formation doivent s’étendre à la nature de l’enseignement dispensé à l’école et à l’université. Dans certaines facultés, on oublie trop qu’il y a une vie après les études.
Comment relancer la réflexion en temps voulu?
Nous encourageons la conseillère fédérale Doris Leuthard à réaliser un nouveau projet en associant tous les acteurs concernés.
«Ils renoncent à se battre, à convaincre»
POUR LA LOI
Caesar Andres, 27?ans, Thurgovien, vice-président suisse des jeunes démocrates-chrétiens.
Que vous inspire le report de la réforme proposé par les Jeunes libéraux-radicaux?
Une grande surprise, de l’inquiétude et des interrogations. Que veulent les Jeunes libéraux-radicaux? En décembre, ils ont manifesté leur soutien au projet renforcé que venait d’adopter le Conseil national. Et maintenant, ils demandent le retrait d’un projet qui, entre-temps, a été allégé des dispositions les plus sévères envers les jeunes. Nous sommes choqués de les voir s’aligner ainsi sur les positions de la gauche.
Quelle est votre explication?
Ils redoutent certainement que le projet des Chambres fédérales soit rejeté en votation populaire. Cette issue est probable. Mais cela ne justifie pas de renoncer à se battre pour convaincre. Au contraire, il faut s’engager dans des réformes qui impliquent toutes les assurances sociales, pour la plupart confrontées à des problèmes de financement. Notre système social est condamné à la banqueroute si l’on suit les Jeunes libéraux-radicaux.
Cette réforme n’exerce-t-elle pas une pression disproportionnée sur les jeunes?
Nous comprenons qu’un surcroît de flexibilité soit attendu des jeunes. Certes, il faudra prolonger cette révision législative en offrant aux jeunes sans emploi davantage de possibilités pour améliorer leur formation. Mais nous souscrivons au principe qui sous-tend cette réforme: pour un jeune, le pire est de rester longtemps hors du marché du travail. D’où l’obligation d’accepter un travail convenable, même s’il ne correspond pas entièrement à la formation de la personne concernée.
Un délai de réflexion, serait-ce si grave?
La conjoncture s’améliorera lentement. Si l’on attend encore, il faudra augmenter les contributions paritaires à l’assurance-chômage. Ce serait nocif pour l’économie.