Tour à tour, la Banque nationale suisse (BNS) aura dû combattre deux ennemis. L’inflation tout d’abord en début d’année, alimentée par l’explosion du prix des matières premières, ceux de l’énergie en tête. Il s’agissait alors, pour tenter de la juguler, de mettre un coup d’accélérateur sur les taux d’intérêt.
Et puis, ce fut le renversement. La douche froide, après la surchauffe. La crise financière n’a pas gardé ses virus pour elle seule. Elle les a généreusement transmis à l’économie réelle qui ne disposait d’aucun vaccin pour s’en prémunir.
Au gouvernement helvétique, mais également à la BNS d’appliquer désormais le traitement. On passera sur la mesure exceptionnelle qui a consisté pour ces deux acteurs à mobiliser 60 milliards de francs afin de stabiliser UBS, et partant, le système financier helvétique.
Le reste de l’économie a ses propres besoins. Un besoin urgent. La BNS l’a compris et a opéré hier la quatrième baisse de son taux de référence en deux mois, passant de 2,25% à 0,5% désormais. Le message est clair: entrepreneurs, investissez! Particuliers, consommez! Le loyer de l’argent est historiquement bas, profitez-en! C’est moins cher que gratuit.
Reste à savoir si le message passera. Sur ce point, les spécialistes ont généralement un doute qu’ils diluent volontiers dans une réponse à la normande: «En tout cas, si ça ne fait pas de bien, ça ne fera sûrement pas de mal.»
Car, malgré toute sa bonne volonté et ses efforts, il est un paramètre que la BNS ne maîtrise pas: la psychologie. Dans toute cette noirceur, volontiers comparée — sans doute à tort — à celle de 1929, on retient ses chevaux. On freine les investissements. On reporte aux calendes grecques les dépenses inutiles. La peur, l’incertitude, ne suggèrent rien d’autre que le serrage de ceinture.
Le remède de la BNS est le bon. Mais il aura un effet retard. Et peut-être faudra-t-il aussi lui adjoindre d’autres thérapies. En combattant par exemple l’appréciation d’un franc suisse qui handicape les exportations helvétiques.