Ce n’était qu’une question de date: la grippe A (H1N1) a fait une première victime en Suisse. Un nourrisson, qui souffrait de diverses malformations, est décédé dimanche dans le demi-canton de Bâle-Campagne des suites d’une pneumonie entraînée par le virus. Il était sous antibiotiques depuis la semaine dernière. Mais son état de santé s’est aggravé durant le week-end et il a cessé de respirer. A son arrivée à l’hôpital, il était mort.
L’autopsie a révélé que l’enfant s’est étouffé avec ses sécrétions muqueuses. Il souffrait de diverses malformations congénitales: il respirait difficilement en raison d’une fente labiopalatine (bec-de-lièvre), avait une petite malformation cardiaque et développait des infections récurrentes, qui laissaient soupçonner une faiblesse immunitaire. «C’est un cas dramatique; cet enfant cumulait les facteurs de risque», regrette le Pr Alain Gervaix, médecin-chef aux Urgences pédiatriques des Hôpitaux universitaires genevois (HUG). Malheureusement, il n’avait que quatre mois et demi et la vaccination n’est pas pratiquée avant six mois.
En Suisse, ce décès ne sera pas le seul. La grippe continue à se développer à un rythme soutenu. Mais les médecins rappellent que les groupes à risque ne représentent pas plus de 10 à 15% de la population. «En termes de mortalité, nous nous attendons à nettement moins de décès qu’avec la grippe annuelle. Celle-ci tue plusieurs milliers de personnes. Mais ce sont surtout des personnes âgées alors que la grippe A touche des patients plus jeunes», précise François-Gérard Héritier, président de la Société suisse de médecine générale. Actuellement, environ 60% des malades ont moins de 16?ans.
Didier Burkhalter, le nouveau ministre de la Santé, a recommandé hier aux cantons d’accélérer le passage à la phase 2 du plan de vaccination, soit son extension à toute la population. Lundi prochain, près de deux millions de doses auront été livrées aux cantons. De quoi passer la vitesse supérieure.
Calendrier pas respecté
Dans certaines régions toutefois, cette intention ne ravit pas. Sur le terrain, en effet, on se heurte à des difficultés logistiques et aux délais de livraison des produits, qui n’arrivent pas simultanément partout! «La possibilité de se faire vacciner dans un cabinet n’est pas infinie, souligne le Dr Claude-François Robert, médecin cantonal neuchâtelois. Il ne faut pas oublier que la Suisse n’a pas l’expérience d’une telle campagne de masse.» A Genève, le médecin cantonal Philippe Sudre estime que le nouveau calendrier ne sera pas respecté (lire ci-dessous), contrairement à ce que prévoit le canton de Vaud.
Rappelons aussi que la Suisse est en retard de trois semaines environ sur ses voisins, le temps pris par Swissmedic, l’organe d’homologation des médicaments, pour procéder à ses propres évaluations des vaccins. «Nous n’aurions pas dû avoir un tel délai, il y a un certain consensus là-dessus, admet Eric Masserey, médecin cantonal adjoint vaudois. Mais le but est de protéger à temps les populations à risque et nous y arriverons vraisemblablement de justesse.» Jacques de Haller, président de la Fédération suisse des médecins, refuse de taper sur Swissmedic: «Comme nous ne faisons pas partie de l’Union européenne, nous n’avons pas accès aux recherches menées par son instance d’homologation. La Suisse a dû effectuer seule toutes les investigations, ce qui a pris du temps.»
Genève se hâte pour vacciner les groupes à risque
En date d’hier, le canton avait reçu 80?000 doses de vaccin pour protéger la population à risque de Genève, évaluée à quelque 115?000 personnes. Médecin cantonal délégué aux maladies infectieuses, Philippe Sudre se déclare confiant: «Si les quantités reçues sont justes suffisantes pour assurer la demande des médecins, on devrait assez vite ne plus vacciner à flux tendu.» D’autant plus que la vaccination reste volontaire et toutes ne vont pas recevoir l’injection.
Hier, 30?000 doses de Celtura de Novartis ont été livrées au canton. Elles sont à disposition des pharmacies qui ont pu passer commande dans la soirée. Les médecins pourront ainsi se faire livrer dans la foulée.
Genève pourra-t-elle suivre les recommandations du ministre de la Santé, Didier Burkhalter, de commencer la vaccination de la population générale dès lundi? «Non, répond Philippe Sudre, puisque tout dépend de l’arrivée des doses. Tant que la population à risque n’a pas pu être protégée, il ne serait pas normal d’étendre la vaccination. Notre objectif est d’éviter les décès. La date de la vaccination de la population générale est directement fonction des doses disponibles.»
Esprit de solidarité
Pour mémoire, sont à risque les personnes souffrant de maladie chronique, les femmes enceintes, les enfants souffrant de maladie chronique et les bébés de moins de 2?ans nés prématurés. Le personnel médical et l’entourage des personnes à risque font aussi partie des groupes vaccinés en priorité.
«Pour le reste de la population, la vaccination est conseillée moins dans un but de prévention collective que dans un esprit de solidarité et de précaution, précise Philippe Sudre. Le risque d’une forme de complication grave étant très faible pour les personnes en bonne santé habituelle.»
A Genève, nous sommes à la troisième semaine de la pandémie. Elle est arrivée tôt, et «repartira donc peut-être plus tôt aussi», espère le médecin, sachant qu’une épidémie de grippe saisonnière dure entre huit et douze semaines. Les mesures d’hygiène, port du masque, lavage des mains, isolement des malades, restent les principaux remparts à la propagation du virus. La fermeture d’écoles et de crèches n’est pas envisagée.
Seconde dose
L’immunité du vaccin se développe progressivement après sept jours environ. En outre, pour plusieurs catégories de personnes, une seconde dose sera nécessaire. Le vaccin n’est-il pas arrivé trop tard? «Nous regrettons de ne pas avoir eu plus de doses plus tôt, mais il n’est pas trop tard pour se vacciner. Nous allons continuer à avoir des cas et il est préférable d’être protégé, surtout si l’on est à risque.» Quelle protection? «Selon les études faites jusqu’à présent, elle est de 80%, répond le médecin genevois. Mais ce n’est qu’une fois l’épidémie passée que l’on pourra véritablement la mesurer.»
Anne-Muriel Brouet
Protéger les plus petits
Avant six mois, un nourrisson ne peut pas être vacciné. Alors, comment le protéger? «Si sa maman a été vaccinée durant la grossesse, il y aura probablement un transfert d’anticorps et une protection partielle», souligne le Pr Alain Gervaix, médecin-chef aux Urgences pédiatriques des Hôpitaux universitaires genevois.
La vaccination des personnes vivant avec les tout-petits permet aussi de diminuer les risques. Dans le même ordre d’idées, mieux vaut éviter les rassemblements et les contacts multiples avec des personnes qui ne sont pas vaccinées. Et si votre enfant est patraque? «Il faut être prudent avec les bébés de moins d’un an, répond le Pr Alain Gervaix. S’ils présentent des difficultés respiratoires ou plus de 38,5 de fièvre, mieux vaut consulter.»
Les conseils habituels, comme se laver régulièrement les mains, restent évidemment valables. Et ceux qui souhaitent en savoir davantage peuvent consulter sur Internet les recommandations de l’Office fédéral de la santé publique ( www.pandemia.ch/fr-ch/aktuell.html).
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