La théorie du complot. Un complot dans lequel l’Organisation mondiale de la santé (OMS) aurait «transformé une maladie banale en maladie qui fait peur» dans le but d’engraisser l’industrie pharmaceutique, provoquant «le détournement de fonds publics». Pour l’ancien député allemand au Conseil de l’Europe Wolfgang Wodarg, «il n’y a aucune autre explication pour ce qui s’est passé», a-t-il conclu hier lors de l’audition d’une commission du Conseil de l’Europe sur la question de savoir si la gestion de la pandémie de la grippe A (H1N1) a manqué de transparence (voir nos éditions du 25 janvier).
Un «vieux virus»
Les accusations contre l’OMS se sont déployées sur trois axes. Le premier est celui de la collusion entre l’agence onusienne et l’industrie pharmaceutique. Suspicion étayée par un article du Parisien, hier, qui dénonce qu’au moins six des proches conseillers de la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, en matière de vaccination, de grippe et de pandémie reçoivent de l’argent des grands laboratoires pharmaceutiques. Ces experts gardent-ils pour autant leur indépendance? «Oui, affirme le numéro deux de l’OMS Keiji Fukuda. C’est tout à fait possible. Dans le cas où la relation d’intérêt est excessive ou inacceptable, nous l’identifions au cas par cas. Cela n’arrive pas souvent.»
Quant à l’industrie pharmaceutique, «elle a répondu rapidement et efficacement et a été capable de fournir les vaccins commandés par les gouvernements», a rappelé Luc Hessel, représentant des Fabricants européens de vaccin.
Le deuxième grief, soulevé par le professeur Ulrich Keil, directeur du centre de collaboration de l’OMS pour les épidémies à l’Université de Münster, est «d’avoir suscité l’angoisse et la peur avec un virus qui n’était pas nouveau. On le connaît depuis le début des années 70. La campagne de vaccination a été arrêtée après que l’on s’est rendu compte que le virus était modéré et les effets secondaires du vaccin importants.» Et de rappeler que les personnes âgées ont été peu touchées. «C’est faux, rétorque le conseiller spécial aux questions vaccinales de l’OMS. Le virus a retenu l’attention car il n’avait jamais été vu par le passé. Les anticorps humains ne réagissaient pas à ce virus.» Enfin, l’OMS a été à nouveau attaquée pour avoir modifié sa définition de la pandémie. En 2007, une pandémie était notamment associée à des taux de mortalité qui dépassent ceux de la grippe saisonnière. En 2009, c’est lorsqu’un nouveau virus apparaît et qu’il se répand dans le monde entier. «La sévérité peut être élevée ou très faible», ajoute Keiji Fukuda, sans répondre clairement au pourquoi de cette modification.