Elle est toute ronde comme une femme avant la délivrance. Elle est l’œuvre de l’architecte Ugo Brunoni. Elle est cachée derrière un grand immeuble moderne, au 69 de la rue de Lausanne. Elle, c'est l’église des Pâquis. Elle accueille ce samedi 24 décembre, pour la nuit de Noël, le nouvel évêque de Genève. Ce sera la première fois que Charles Morerod honore Genève de sa présence en tant qu’évêque.
Intronisé le 11 décembre dernier à Fribourg, en présence du vice-président du Conseil d’Etat genevois Charles Beer, l’évêque de Fribourg, Lausanne, Neuchâtel et Genève concélèbrera la messe de minuit avec le curé de la paroisse Pascal Gobet. «Rien de particulier pour cette cérémonie qui aura lieu à 23 heures comme d’habitude et se terminera par un vin chaud,» déclare le curé de la paroisse qui se réjouit que Mgr Morerod ait accepté son invitation.La communauté aura la joie d'assister au baptême d'une petite érythréenne.
L’église de la Sainte Trinité ne manque pas d’originalités. C’est la dernière église du canton à avoir été construite. Les paroissiens des Pâquis et de Sécheron, dûment enregistrés dans les registres de l’Eglise catholique de Genève, sont officiellement au nombre de 5000, mais l’église ne peut en accueillir que 200. Et les messes du samedi à 18 h. et du dimanche à 10h ne rassemblent guère plus que 80 âmes.
Les messes du vendredi
Comment lutter contre la défection des fidèles dont souffre l’église de Genève? Laurent Busset, un laïc, a imaginé d’organiser des messes particulières à leur intention. Elles ont lieu les derniers vendredis du mois et sont destinées notamment aux « recommençants ». C’est ainsi que l’église nomme ses brebis perdues et retrouvées. Un petit flyer carré fait la promotion de ces célébrations où plane l’esprit de Taizé.
Charles Morerod a répondu laconiquement à notre interrogation: «Je vais à la Trinité parce que j'ai choisi de commencer par une petite paroisse, avant mon accueil officiel qui aura lieu à Notre-Dame le 20 janvier». Il ne veut à l'évidence pas que cette simple visite pastorale devienne un événement. On notera à ce stade que la Trinité est une des paroisses les plus populaires et multiculturelles de son diocèse. D'aucuns diront que la Trinité (Dieu Père Fils et Esprit) marque une distinction forte avec les autres religions du Livre. Les Juifs et les Musulmans ne croient qu’en un Dieu unique, sans avatars ou triple personnalité. L’église des Pâquis est aussi la dernière église bâtie en dur à Genève. Et ses rondeurs évoquent un langage symbolique. «C'est comme un cocon», dit le curé Gobet.
Sur son site internet, l’architecte Ugo Brunoni indique dans quel esprit il a bâti cette église entre 1984 et 1994 : « L'ouverture au monde est l'esprit de la Genève internationale. Bâtir une maison de Dieu sphérique en l'incorporant à un ensemble architectural cohérent et audacieux est un clin d'oeil d'une Genève tournée vers le troisième millénaire. Quel témoignage exemplaire de courage et de foi en cette période de réflexion sur notre devenir tant spirituel que matériel.»
Le premier vicaire de la Sainte Trinité, l’abbé Vincent Marville, aujourd’hui recteur de la basilique de Neuchâtel (l’église rouge), décrivait ainsi son église : « Ronde, tout d’abord parce que Dieu est parfait. Sphérique comme la Terre, parce que justement cosmopolite. Émergeant de l’eau, comme au déluge, comme au passage de la Mer Rouge, comme au sortir de son baptême. »