Travail

Emploi: Berne admet enfin la pression des frontaliers

Par ÉLISABETH ECKERT le 28.05.2010 à 00:03

Le Monsieur Travail du seco le reconnaît officiellement: les Genevois sont soumis à forte concurrence! Même si l’ouverture des frontières est positive, la réalité est plus dure à Genève qu’à Zurich. Au bout du lac, la situation est aggravée par les profils professionnels de certains chômeurs.

C’est clair: tous les statisticiens manient ces chiffres avec prudence. Voire avec un sens aigu de l’euphémisme. Mais, pour la première fois, le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco) – le bras armé de la ministre suisse de l’Economie Doris Leuthard – reconnaît les faits: «Une étude sur les disparités régionales du chômage, commandée par le seco, montre qu’une forte proportion de frontaliers rend la recherche d’emploi difficile pour les travailleurs locaux.»

Plus fort encore: ce constat est confirmé en étudiant de plus près les données fournies par les Offices régionaux de placement: «Depuis 2006, il est statistiquement prouvé qu’une part élevée de frontaliers dans la population active de la région couverte par l’ORP engendre une durée de recherche d’emploi plus longue.»

Sujet brûlant

Ces deux phrases sont à dénicher à la page 66 du sixième rapport, publié hier, de l’Observatoire sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne. Rapport qui en compte 100. Et encore: elles sont circonscrites par toutes les nuances d’usage: «L’accroissement de l’offre de main-d’œuvre dû à l’immigration a-t-il contribué à la hausse du chômage dans certaines régions frontalières (ndlr: arc lémanique et Tessin)? Il nous est impossible de le déterminer clairement», avance Serge Gaillard (photo en haut de page/Daniel Rihs/pixsil/2010), ancien syndicaliste et actuel chef de la Direction du travail du seco.

Certes, le sujet – à Genève et au Tessin tout particulièrement – est des plus brûlants, poussant d’ailleurs régulièrement les Tessinois à refuser sèchement tout vote en faveur d’une ouverture à l’Europe.

Mais il est certain aussi que, ces dernières années, les responsables politiques, en tête desquels le Conseil fédéral, ont nié les particularités des cantons frontaliers afin de mieux défendre la libre circulation des personnes.

En ce sens, ce 6e?rapport – dont la mission est de sonder, depuis 2002, les incidences de l’ouverture de nos frontières sur le marché du travail – reflète enfin la réalité du terrain. Ecoutons encore Serge Gaillard: «La thèse d’une éviction de travailleurs locaux par des travailleurs de l’espace européen apparaît plus vraisemblable pour la Suisse romande et le Tessin que pour la Suisse alémanique. Et, en ce qui concerne l’évolution du chômage, la présomption que l’immigration de travailleurs peu qualifiés a retardé le recul du chômage en Suisse et au Tessin ne paraît pas infondée.»

Concurrence salariale dénoncée

En langage décodé, cela ne signifie pas autre chose que depuis 2002 l’analyse dominante qu’a faite Berne était le reflet quasi-exclusif de la Suisse alémanique, qui n’a connu un fort afflux de salariés allemands hautement qualifiés qu’en 2006… Grâce à Yves Flückiger, professeur à l’Université de Genève et directeur de l’Observatoire universitaire de l’emploi, certaines réalités du terrain semblent être remontées jusque dans les bureaux de l’administration fédérale du Département de l’économie. Elles viennent d’être renforcées par les travaux d’un Alémanique, Peter Stalder, chercheur à la Banque nationale suisse.

Pressions sur les salaires et les conditions de travail

Désormais, le seco constate ouvertement la pression exercée par la main-d’œuvre étrangère sur les salariés «locaux» pour la recherche d’emploi et la politique salariale. Cette concurrence, avoue le Secrétariat d’Etat à l’économie, pousse les employeurs à appliquer – dans le cas où existe une convention collective de travail – le niveau le plus bas de l’échelle salariale. Et dans le cas où la branche, voire l’entreprise n’a signé aucune CCT, la jungle gagne du terrain.

Hier, le directeur du travail au seco l’a d’ailleurs crûment admis: «L’an dernier, on a assisté à une recrudescence des infractions en matière de salaires minimaux dans les branches couvertes par une convention collective de travail: 21% des entreprises détachant des travailleurs et 30% des employeurs suisses ont violé les dispositions relatives au salaire.» Diantre!

Cette réalité est confirmée par l’Union syndicale suisse: «Tout nous prouve que lorsque les contrôles, dans les cantons, ont réellement lieu, affirme ainsi Daniel Lampart, chef économiste à l’USS, on découvre de nombreux employeurs qui essaient de faire pression sur les salaires et les conditions de travail.»

Le syndicaliste s’inquiète tout particulièrement de la situation régnant dans les branches qui ne connaissent aucun salaire minimum obligatoire: «Si des contrôleurs tombent sur un employeur qui verse des salaires trop bas, ils peuvent certes exiger de lui qu’il verse des rétributions correctes, mais ne peuvent l’y contraindre s’il s’y refuse! Or, en 2009, ce fut le cas de 40% des employeurs suisses pris en faute!»

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