Alain Berset surpris de son bon score
Le conseiller fédéral élu Alain Berset s’est dit surpris de son bon score lors de l’élection et du gros écart avec son adversaire direct Pierre-Yves Maillard dès le premier tour. Les signaux annonçaient une élection plus serrée, a fait remarquer le Fribourgeois à la Télévision suisse romande.
Celui-ci a aussi évoqué sa satisfaction d’accéder au Conseil fédéral. «J’avais envie de cette fonction, c’est clair. Depuis ce matin, c’est fait.»
Interrogé sur la répartition des départements qui doit avoir lieu ces prochains jours, le successeur de Micheline Calmy-Rey s’est dit prêt à reprendre n’importe lequel des sept départements. «Lorsqu’on arrive dans un exécutif, on se doit d’être ouvert à tout».
Alain Berset a tout de même concédé une légère préférence pour les affaires étrangères, même si plusieurs autres départements l’intéressent. «Je ne vais pas décider tout seul, j’imagine qu’il y aura des discussions ouvertes afin de fonder la meilleure équipe possible» pour conduire le pays.
S’agissant de sa campagne, Alain Berset a assuré n’avoir pas particulièrement cherché à rencontrer ses collègues parlementaires ces derniers mois. «Les contacts que j’ai avec eux sont finalement assez naturels».
Ceux-ci se sont construits au fil du temps pendant les huit années que'Berset a déjà passées à Berne. Il a notamment souligné l’importance du travail de commission pour nouer des liens ainsi que son passage à la présidence du Conseil des Etats.
Pierre-Yves Maillard déçu
Pierre-Yves Maillard s’est dit déçu pour le canton de Vaud. «Mais le résultat est clair et il ne souffre d’aucune discussion; je félicite Alain», a-t-il ajouté à la TSR. «Je suis content d’être au bout de cette aventure passionnante», a déclaré le conseiller d’Etat vaudois. Il a dit retenir de cette course la satisfaction d’avoir obtenu des soutiens de tous bords, au- delà de son canton. «J’ai atteint au moins un objectif, celui d’avoir mené une campagne claire, sans jeu en marge du groupe, une campagne de contenu», a-t-il déclaré. «J’ai fait des propositions qui ont été discutées et je continuerai à les défendre», a complété le Vaudois.
Il a exprimé une certaine déception pour le canton de Vaud qui l’a beaucoup soutenu dans cette campagne. A titre personnel, le socialiste ne paraît pas trop affecté: «J’ai un engagement passionnant au Conseil d’Etat, les élections cantonales vaudoises approchent et le combat continue», a-t-il poursuivi.
Interrogé sur ses chances d’accéder au Conseil fédéral, il était conscient du poids prépondérant au sein du PDC en faveur de son concurrent fribourgeois. Une proportion de 60-40 plutôt que 90-10 ne change rien à la fin, a-t-il relevé.
A noter que Pierre-Yves Maillard a conservé le sens de l'humour. Dans une vidéo amusante publiée par Le Matin, il a ainsi indiqué qu'il pourrait ainsi continuer à jouer avec son équipe de foot, le FC Porcel.
Le PS fribourgeois sur un petit nuage
Le président du PS fribourgeois David Bonny est un homme heureux. «Ce qui nous arrive est historique», a-t-il dit. L’élection d’Alain Berset est «extraordinaire et fantastique», répète-t-il en boucle. Il souligne avec un plaisir manifeste que celle-ci s’est faite en seulement deux tours.
La netteté du score ne l’étonne cependant pas outre mesure. Il rappelle que les parlementaires avaient déjà eu l’occasion de démontrer la confiance qu’ils avaient en M.Berset en l’élisant président du Conseil des Etats en 2009.
Ils ont clairement privilégié l’expérience de la chose fédérale, la compétence et la capacité à trouver des solutions de consensus, dit-il. «Ils ont plébiscité l’homme d’Etat», assure-t-il.
Pas de vraie finale au PS pour Cesla Amarelle
La présidente du PS vaudois, Cesla Amarelle, regrette que le PS n’ait pas eu droit à une vraie finale entre ses deux candidats. Dans ce type de configuration, le moins profilé l’a emporté, a-t-elle déclaré. «Vu la stratégie proposée par le PS Suisse, on s’attendait un peu à ce résultat. C’est la deuxième fois après l’affaire Sommaruga-Fehr que le PS n’arrive pas à obtenir une finale entre ses candidats», a constaté Cesla Amarelle.
Les lobbys pharmaceutiques, des télécoms et des assureurs maladie ont fait de fortes pressions au sein du PLR afin qu’Alain Berset soit élu plutôt que Pierre-Yves Maillard, a-t-elle relevé. Sinon, sur le principe, on est heureux qu’un PS remplace Micheline Calmy- Rey. Quant à la stratégie de l’UDC, elle est «absolument incompréhensible», selon la députée vaudoise. Les démocrates du centre empêchent le PS d’avoir une véritable finale et permettent l’élection d’un des meneurs de l’éviction de Christoph Blocher, a-t- elle relevé.
Le PS vaudois va désormais se préparer aux élections de mars, avec Pierre-Yves Maillard en pole position. «Il y a une forte volonté de présenter un ticket à quatre pour conquérir la majorité au gouvernement», a relevé la présidente qui attend les résultats du deuxième tour de l’élection complémentaire de dimanche.
Jean-François Rime félicite Berset
L’UDC Jean-François Rime s’est montré bon perdant à la télévision alémanique SF: «Je félicite Alain Berset, qui est un très bon collègue, un politicien capable, et je me réjouis pour mon canton. Mais je suis déçu pour mon parti et pour la disparition de la concordance». La différence entre Alain Berset et Pierre-Yves Maillard au premier tour (114-59) a été «énorme», a dit Jean-François Rime. «Je ne m’y attendais pas».
Interrogé sur l’éventuel passage de son parti dans l’opposition, le conseiller national fribourgeois a estimé qu’il est encore trop tôt pour en parler. «Nous analyserons cela en janvier».
Hansjörg Walter ne voulait pas attaquer les sièges PLR et PS
Le conseiller national UDC et candidat malchanceux Hansjörg Walter n’est personnellement «absolument pas déçu» de sa non-élection. Le Thurgovien admet toutefois une déception générale pour le groupe et le parti, qui n’ont pas réussi à concrétiser leur souhait de concordance.
Le plus important toutefois, c’est que le message de l’UDC soit compris, ce qui a été le cas, a estimé Hansjörg Walter, interviewé par la télévision alémanique SF. Le Parlement s’est décidé pour une concordance légèrement différente, ce qu’il faut maintenant accepter, a-t-il ajouté.
Hansjörg Walter a personnellement pris la décision de retirer sa candidature après la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf et de ne pas attaquer le siège de Johann Schneider-Amman ni les deux sièges socialistes. Qu’il puisse lui-même décider de ce point était une condition de sa candidature, a-t-il expliqué.
Le gouvernement fribourgeois très fier
L’élection d’Alain Berset constitue un grand moment d’émotion pour le président du Conseil d’Etat Erwin Jutzet. Ce dernier se montre aussi très fier pour le canton de Fribourg, qui a à nouveau un conseiller fédéral qui plus est socialiste.
«Je suis plein d’émotions, proche des larmes», a dit le conseiller d’Etat socialiste. «Je pense aussi à la famille d’Alain Berset, en particulier à sa mère Solange et son grand-père François Angéloz, avec qui j’ai siégé au Grand Conseil il y a bien des années». Après les revers de Ruth Lüthi et Otto Piller, c’est une belle chose à vivre.
De son côté, le conseiller d’Etat Georges Godel s’est montré très impressionné par l’excellent résultat de M.Berset. «Je pensais que ce serait plus serré», dit-il. Pour lui, c’est une preuve de la reconnaissance des grandes compétences de M.Berset. Le conseiller d’Etat démocrate-chrétien a dit sa grande fierté au nom du Conseil d’Etat, du PDC et du canton de Fribourg.
Le PLR fâché contre l'UDC
La direction du PLR entend discuter avec celle de l’UDC de la suite à donner à leur collaboration, critiquant des promesses non tenues. «Nous allons discuter si nous pouvons continuer ensemble alors qu’ils nous attaquent à chaque fois», a indiqué le président du PLR Fulvio Pelli. La rencontre aura lieu après les vacances de Noël.
«J’espère que la crise interne à l’UDC aboutira à un renouveau», a estimé pour sa part la vice-présidente Isabelle Moret. Il y a des gens intelligents au sein du parti, mais la direction pose problème, selon elle. La Vaudoise estime que le PLR est en position de force, en raison de la réélection de ses deux conseillers fédéraux. «Nous sommes prêts à tendre la main», a-t-elle ajouté. La collaboration est importante, car «nous avons besoin d’un centre-droit fort». Il faut construire ensemble et non combattre.
Le conseiller national Christian Lüscher (GE) relativise «l’attaque inamicale» de mercredi matin. «Aujourd’hui, nous sommes fâchés et déçus, mais demain est un autre jour». «Nous ne sommes pas là pour nous battre, mais pour faire avancer les dossiers». Si les parlementaires UDC veulent travailler avec ceux du PLR, ils sont les bienvenus.
Pour lui, l’UDC doit chercher de nouveaux stratèges. Il critique «l’amateurisme» de la stratégie mise en place lors de l’élection. Très déçu par l’attitude des dirigeants de l’UDC, le conseiller national fribourgeois Jacques Bourgeois qualifie cette stratégie «d’incompréhensible et d’irresponsable». «Ces gens ne sont pas fiables». Mais c’est à eux de décider s’ils veulent faire le ménage à l’interne.
Ueli Leuenberger: l’UDC a agi de manière chaotique
Comme d’autres responsables de parti, le président des Verts décerne un bonnet d’âne à l’UDC pour son comportement lors de l’élection du Conseil fédéral. L’UDC «a agi de manière chaotique», a lancé Ueli Leuenberger sur les ondes de la radio alémanique DRS.
«L’UDC a tout fait pour ne pas obtenir de deuxième siège». M. Leuenberger s’est dit convaincu que l’UDC ne voulait pas d’un deuxième ministre. Le parti de Christoph Blocher s’est comporté de manière brouillone, a lancé ses candidats trop tard dans la course et a montré qu’il n’était pas mûr pour un deuxième siège.
Pas un bon jour pour la Suisse, selon Ueli Maurer
Le conseiller fédéral réélu Ueli Maurer a regretté la non élection des candidats UDC face à Eveline Widmer-Schlumpf, du PBD. «Ce n’est pas un bon jour pour la Suisse», a-t-il déclaré depuis le restaurant Kreuz à Berne où sont réunis les militants de l’UDC. Il a précisé que ses propos n’étaient pas dirigés contre la conseillère fédérale Widmer-Schlumpf. Il s’agit bien plus du principe de la concordance, a-t-il dit.Le ministre la tête de la Défense a néanmoins a rassuré les partisans de l’UDC: «Le parti s’en remettra». «Nous sommes habitués à combattre et nous le ferons», a-t-il ajouté.
C’est relativement rare qu’un conseiller fédéral en fonction commente publiquement l’élection au Conseil fédéral. Le Zurichois a obtenu une standing ovation de la part de ses supporters au moment de l’annonce de sa réélection. L’élection de la Grisonne a en revanche été accueillie avec des sifflets dans la salle des partisans UDC.
Toni Brunner: «Nous ne pouvions pas faire plus»
«L’UDC voulait rétablir la concordance. Nous ne pouvions pas faire plus que de présenter nos deux candidats», a réagi le président de l’UDC Toni Brunner. Mais c’était un résultat prévisible, a-t-il dit à la télévision alémanique SF. Il a déploré que le plus grand parti du pays ne dispose que d’un siège au gouvernement, alors que le PBD, qui ne représente qu’un peu plus de 5% de l’électorat, en ait aussi un. «C’est maintenant un gouvernement de coalition», juge le St-Gallois.
S’agissant d’un possible passage dans l’opposition, le conseiller national estime que son parti est maintenant libre. «Nous analyserons la situation le 28 janvier», a-t-il répété. Une assemblée des délégués est agendée à cette date.
La «Freiburgische Connection» a bien travaillé, selon Guy Parmelin
La non-élection de Pierre-Yves Maillard s’explique surtout par un intense travail de la «Freiburgische Connection», juge l’UDC Guy Parmelin. La direction du Parti socialiste et le PDC Urs Schwaller ont «très bien travaillé», selon le Vaudois.Si l’on n’est pas présent physiquement sur place, on est vite oublié malgré toutes ses qualités, remarque le conseiller national pour expliquer l’échec de Pierre-Yves Maillard. Il conteste une quelconque influence de la stratégie de l’UDC sur le résultat du socialiste de Renens.
«Ça n’aurait rien changé» si l’UDC avait agi différemment. L’écart de Pierre-Yves Maillard, «c’est un gouffre, il n’y a pas photo». Le président fribougeois du Parti socialiste, Christian Levrat, et le chef fribourgeois du groupe PDC à Berne, Urs Schwaller, ont oeuvré depuis longtemps pour qu’Alain Berset entre au Conseil fédéral
Les voix du PLR sont aussi allées majoritairement au Fribourgeois, estime Guy Parmelin. L’élu UDC souligne aussi le poids des votes du Conseil des Etats, dont Alain Berset est membre et qu’il a présidé en 2008-2009. Il ne considère pas que le lobby de la santé, contre lequel Pierre-Yves Maillard s’est souvent battu, ait joué un rôle déterminant dans les résultats de mercredi.
Fulvio Pelli n'a pas eu peur
«Nous avons deux excellents conseillers fédéraux, qui étaient sous pression depuis longtemps», a commenté le président du PLR Fulvio Pelli après la réélection de ses deux «poulains» Didier Burkhalter et Johann Schneider-Ammann.
«Mais ils ont été capables de rester solides, ce qui explique le résultat d’aujourd’hui», a dit le Tessinois à la télévision alémanique SF. Le conseiller national n’a pas vraiment eu peur durant cette matinée d’élection, même s’»il y a toujours un risque de surprise», a-t-il nuancé.
L'épreuve de vérité pour l'UDC, selon Hans Grunder
Pour le président du PBD Hans Grunder, le groupe parlementaire UDC se trouve après l’élection au Conseil fédéral devant l’épreuve de vérité. «Dans les prochaines années, plusieurs personnes vont devoir s’en aller», a-t-il indiqué à la radio alémanique DRS, faisant allusion aux élus peu enclins à collaborer.
D’un point de vue arithmétique, l’UDC a droit à deux sièges pour la prochaine élection au Conseil fédéral en 2015, indique M. Grunder. Le parti de Christoph Blocher a par conséquent maintenant le temps de «faire ses devoirs».
Une majorité du gouvernement de la même région
Avec l’élection d’Alain Berset au dernier tour de l’élection du Conseil fédéral, il y a une majorité du gouvernement issue de la même région. Pour Hans Stöckli, conseiller aux Etats (PS/ BE), c’est un renforcement de la Berne fédérale.
Quatre conseillers fédéraux, Simonetta Sommaruga, Didier Burkhalter, Johann Schneider-Ammann et Alain Berset, proviennent désormais d’un périmètre de quelque 25 km, a relevé le Biennois. Certes, le collège «compte différents partis, différents caractères, différentes ambitions, mais cela correspond à un renforcement de la capitale bernoise», a déclaré mercredi Hans Stöckli à la TSR.
Pour Jean-René Germanier (PLR/VS), même s’ils viennent de la même région, les ministres sont de toute manière obligés de s’occuper de tout le reste du pays. «Un conseiller fédéral n’est pas élu pour sa région», a-t-il souligné.
Les écoliers de Belfaux à la fête
Plusieurs dizaines d’écoliers se sont relayés mercredi dans la salle communale de Belfaux (FR) pour suivre l’élection au Conseil fédéral. C’est dans un joyeux brouhaha, tenant de la cour de récréation, qu’ils ont manifesté leur joie de voir Alain Berset élu.
La commune a dressé un grand écran dans la salle communale afin de permettre à la population de suivre de manière conviviale l’élection. Ce sont en fait surtout plusieurs classes de l’école primaire qui en ont profité. La commune avait bien fait les choses: des boissons douces et de la tresse étaient distribuées. Les petits avaient ainsi le goûter assuré.
Une petite trentaine d’adultes, dont un certain nombre d’élus communaux, ont suivi les évènements à partir de 11h00. Le syndic de Belfaux Jean-Bernard Schenevey avait pour sa part choisi de se rendre à Berne, au Café fédéral.