En septembre 1995, Genève s’était réjouie. Le candidat des villes, Zurichois sucre raffiné, triomphait de ses rivaux, qui sentaient la campagne. Les détracteurs du nouveau conseiller fédéral le décrivaient comme velléitaire, aérien et mélancolique, mais le sentiment que la Suisse s’était dotée d’un ministre urbain, intellectuel, ouvert sur l’Europe l’emportait. Placé d’emblée à la tête d’un département à rallonge – Environnement, Transports, Energie et Communication – il allait moderniser la Suisse dans ces secteurs clés.
Quinze ans plus tard, on attendait toujours que Moritz Leuenberger prenne une décision. La première, si tardive, fut donc celle de sa démission.
Environnement? Rien à signaler, sauf une inclination pour la taxe poubelles. Transports? Une complicité silencieuse dans le sabordage de Swissair, mais rien qu’il n’ait initié. Energie? Son comportement l’assimilait à la douce; il conduit la prochaine génération à improviser. Communication? Télé, télécoms… tout est à améliorer; accordons-lui que La Poste s’est modernisée.
Dans chacun de ces domaines, il appartiendra à son successeur d’établir des priorités. Et comme c’est demain qui compte, saluons sa décision de quitter les lieux! Si le Parti libéral-radical parvient à persuader Hans-Rudolf Merz d’en faire autant d’ici à la fin de l’année, il y a un espoir que, même sans modification des institutions, la Suisse se retrouve avec une équipe compétente. A Genève, on a constaté naguère que l’élection de deux talents, David Hiler et François Longchamp, a suffi à dynamiser un gouvernement.
On aura attendu quinze ans pour le dire… Enfin, il est temps: merci Moritz!