C’est l’histoire de Saint-Brais, un petit village des Franches-Montagnes colonisé par des monstres échappés de La guerre des mondes. Une image désastreuse pour l’énergie éolienne. Un épouvantail national. Les promoteurs se mordent les doigts d’avoir édifié des turbines à vent si près d’une bourgade, qui doit en subir le bruit et l’emprise.
Saint-Brais donne du grain à moudre aux sceptiques de l’énergie éolienne et à ses adversaires. Leur nombre grandit depuis quelques mois dans l’arc jurassien. Un front constitué de voisins et de protecteurs de la nature inquiets face à la frénésie d’investissement des sociétés électriques, inquiets de voir leurs chères régions vertes transformées en banlieues industrielles.
Il serait tentant de considérer ces opposants comme une poignée de grincheux rétrogrades. Les énergies renouvelables ont les faveurs de la cote et surfent sur une vague de fond, avec le soutien financier de la Confédération. Le Tribunal fédéral a jugé en 2006 que l’intérêt énergétique primait sur la protection du paysage.
Mais ce serait une erreur que de vouloir passer en force et ignorer les opposants. Les urbains branchés, si friands d’énergie propre, ne doivent pas perdre de vue que ces mêmes hélices géantes plantées dans la rade de Genève ou au large d’Ouchy provoqueraient des débats passionnés.
La construction de machines industrielles aussi conséquentes doit faire l’objet de sérieuses négociations. Elles nécessiteront de longues procédures et n’éviteront pas l’épreuve des oppositions.
Energie propre ou pas. Ce sera lent et complexe, parce que le système suisse l’exige. Passer outre et reproduire les mêmes erreurs qu’à Saint-Brais casserait la sympathie populaire dont jouissent les éoliennes.