«Des caricatures publiées dans un journal danois ont provoqué une crise mondiale. Imaginez si les Suisses votaient l’interdiction des minarets!» Directeur général de Rüeger SA, fabricant d’instruments de mesure très actif au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, Bernard Rüeger craint les répercussions économiques d’un oui le 29 novembre à l’initiative de l’UDC et de l’Union démocratique fédérale.
Président d’economiesuisse, la fédération des grandes entreprises, Gerold Bührer a chiffré hier les enjeux: en 2008, la Suisse a vendu pour 15 milliards de francs de marchandises aux pays musulmans (7% des exportations). Or, si le oui l’emporte, il craint des dégâts d’image pour notre pays, voire des mesures de boycott. En pâtiraient l’horlogerie, la pharma, les banques, mais aussi le tourisme. Ainsi, l’an passé, les visiteurs du Golfe arabo-persique ont valu 174?500 nuitées aux hôtels genevois (6% du total).
Pour l’heure, toutefois, la campagne de votation n’entrave pas la marche des affaires en terre d’islam. «Mais l’interdiction des minarets aurait un écho considérable et des groupes radicaux ne manqueraient pas de l’instrumentaliser», avertit Christoph Lindenmeyer, de Schindler Management.
Priorité aux armes
En dépit de l’importance de l’enjeu, economiesuisse s’engage sur la pointe des pieds dans cette campagne: quelques affiches et des encarts publicitaires dans les journaux, une conférence de presse et basta! Tout cela pour un montant gardé secret. Le lobby économique ne versera rien aux partis, alors qu’il investit plusieurs centaines de milliers de francs contre l’initiative visant à interdire les exportations de matériel de guerre.
Pourquoi ces deux poids, deux mesures? A cause des «retombées économiques directes» en Suisse si les antimilitaristes venaient à l’emporter, explique Gerold Bührer. Le risque, en ce qui concerne le texte antiminarets, paraît plus limité: tous les sondages le donnent perdant.
Membre du comité d’initiative, Oskar Freysinger refuse cependant de s’avouer vaincu. «Tant que les musulmans ont la garantie que le secret bancaire les protège, ils continueront de placer leurs fonds dans nos banques. Or, ce sont ces mêmes milieux économiques qui ont bradé ce secret bancaire!»