DRAME DE L’A1

Drame de l’A1: la famille de Vaux-en-Velin pleure son fils tué par un policier

Par LAURENT ANTONOFF AVEC LAURENT GRABET le 22.04.2010 à 00:00

La famille de Sébastien, le jeune Français abattu par un policier vaudois sur l’autoroute, est venue se recueillir sur le lieu du drame.

«Je sentais qu’il allait lui arriver malheur. Je le sentais depuis quelque temps. Je l’ai dit à Sébastien, mais il a préféré rigoler. Et aujourd’hui, il est mort.» Daniel est au bord des larmes. Il cache sa douleur derrière des lunettes noires. Daniel est le frère du jeune Français mort sous les balles d’un policier vaudois sur l’A1, dans la nuit de samedi à dimanche, alors qu’il avait pris place sur le siège passager d’une voiture volée.

Daniel est même plus qu’un frère: il est son jumeau. Avec une septantaine de proches, dont la famille du défunt, il est venu se recueillir mercredi sur les lieux du drame.

Les parents de Sébastien et ses sœurs étaient également du voyage. Pour eux, cela ne fait aucun doute: «Notre fils a été exécuté.» Mais que faisait Sébastien en Suisse dans une voiture volée? «Je n’en ai aucune idée. C’est un malentendu… Il travaillait beaucoup toute la semaine. Le week-end, il se réjouissait de voir ses amis. Il était tout le temps en déplacement», explique Alain, le père de famille. ?

Sébastien habitait Vaulx-en-Velin, dans la banlieue de Lyon. Avec son jumeau, il habitait toujours chez ses parents. «C’était un jeune homme parfait. Il ne buvait pas. Il ne fumait pas. Il avait obtenu un diplôme dans le bâtiment. Depuis une année, il était chef de chantier dans l’entreprise familiale baptisée «Jumeaux» par son père. Un clin d’œil.»

«Cette entreprise, je l’avais créée pour eux. Sébastien avait un bon salaire. Il touchait 1500?euros par mois. C’était un jeune homme sérieux.»

Sans nouvelles de lui tout le week-end

Le week-end dernier, Sébastien ne devait pas se trouver en Suisse. Il était prévu de longue date qu’il assiste à une pièce de théâtre en famille à Montpellier. C’est en rentrant à la maison, sans nouvelles de lui pendant tout le week-end, que ses proches ont découvert un mot épinglé sur la porte de l’appartement, un mot les enjoignant à contacter la gendarmerie. Au plus vite.

«On nous a expliqué qu’il avait eu un accident de la circulation en Suisse. Et rien d’autre. Mais comme au début les policiers se sont trompés sur son âge, on a pensé qu’il s’agissait d’une autre personne. Nous nous raccrochions à cet espoir en venant identifier le corps. Et on se disait qu’avec de la chance, c’était lui le conducteur qui en était sorti indemne.» Avait-il de mauvaises fréquentations? «Qui n’en a pas?» confie Ilhan, un autre frère.

«Il ne méritait pas ça»

Sur les lieux du drame mercredi, le choc a été rude. Il y avait encore des traces de jantes sur le bitume, à l’endroit où les pneus avaient été arrachés par la herse. Des traces d’une voiture qui s’immobilise sur la glissière. Des traces physiques aussi. «Nous avons retrouvé, dans le gazon, les gants que les secouristes ont utilisé ce soir-là. Avec le sang de Sébastien dessus. Et on nous assure que l’enquête est exemplaire? Nous n’y croyons pas! Je suis désormais persuadé que la police a tiré sur la voiture quand elle était immobilisée», assène le grand frère. Et son jumeau d’ajouter: «Même s’il avait volé cette voiture, même s’il avait tué quelqu’un, Sébastien ne méritait pas ça. Nous voulons la vérité.»

Sébastien avait deux sœurs et quatre frères. D’origine kurde de Turquie, il était né en France. De source autorisée, il était connu des services de police.

 


 

A Vaulx-en-Velin, le clan est choqué

Des barres d’immeubles, un peu de verdure et des jeunes qui traînent par grappes. Le Mas du Taureau est un quartier populaire de Vaulx-en-Velin, banlieue lyonnaise, souvent mise en avant pour sa délinquance. «Un policier doit protéger, pas tuer! Ça n’a pas de sens.» Seher, cousine germaine du disparu, est venue de Nantes dès qu’elle a appris sa mort. Quinze proches et amis ont envahi l’appartement familial. Les parents et les cinq frères et sœurs du jeune homme sont en Suisse. «Je n’ai pas voulu y aller, précise Seher. Je ne voulais pas voir Sébastien dans cet état.» Chacun veut dire qui était Umut, comme tous l’appellent ici. Mais c’est Seher du haut de ses 17?ans qui s’en charge: «Il était joyeux et très beau. Tout le monde l’aimait. Lui aimait les filles, s’habiller et les belles voitures.» Le jeune homme travaillait dans l’entreprise de maçonnerie de son père. Tout comme son jumeau Daniel. Le week-end, les «inséparables» partaient parfois en vadrouille. Dans leur chambre, deux lits superposés et une immense photo témoignant d’une escapade marseillaise en duo. Seher la regarde et lâche: «Maintenant, Daniel est comme mort à moitié.» Un cousin venu de Londres reprend: «Nous n’aurions jamais imaginé Umut voler une voiture. Il a dû être entraîné. On l’a tué pour une bêtise de gamin.» L’homme n’attendait pas ça du «pays des droits de l’homme».
(lgr)

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