André Rochat ne jure que par l’homéopathie, et ce depuis plus de trente ans. Pour prévenir la grippe A, ce sexagénaire de Grandvaux (VD) n’a pas dérogé à sa philosophie. «Avant de partir aux Etats-Unis avec mon épouse en septembre dernier, j’ai appelé mon médecin pour qu’il nous conseille quelque chose.» Le retraité et son épouse ont donc voyagé tranquilles après avoir avalé des globules d’Influenzinum. Un mois plus tard, ils prenaient leur deuxième dose. Se faire vacciner? «Pas question, j’évite au maximum la médecine classique qui ne soigne pas l’humain dans son ensemble, mais traque les symptômes», lâche le retraité qui s’estime globalement «en bonne santé».
Stimuler les défenses
Cet automne, ils sont nombreux, les bien-portants, qui comme le Vaudois optent pour les granules homéopathiques contre la grippe saisonnière, mais aussi contre la grippe H1N1. «Il faut être clair: l’Influenzinum n’est pas un vaccin, ni contre la grippe saisonnière ni contre la grippe A, et nous le disons à nos clients, insiste Chantal Girard, homéopathe à la pharmacie des Colombières, à Genève. Mais comme il permet de stimuler les défenses contre la grippe saisonnière, les gens l’achètent pour éviter de tomber malades et d’être ainsi plus à même de lutter contre la grippe A.» A la pharmacie des Colombières, comme dans beaucoup de points de vente en Suisse, les ventes ont pris l’ascenseur.
«Demande exceptionnelle»
Chez Serolab, Boiron ou Schmidt-Nagel, on est tout sourire. Normal, ces laboratoires produisent l’Influenzinum, en diluant le vaccin antigrippe «classique» de l’année. «Nous travaillons en flux tendu pour faire face à une demande exceptionnelle», se réjouit Eunice Almeida, responsable marketing pour l’homéopathie chez Serolab.
A Lausanne, c’est par centaines que la pharmacie homéopathique Capitole Gamma écoule son Influenzinum «maison», l’Influenzinum hispanica (ou hispana), sur ordonnance. «Ces dernières années, nous n’en vendions quasi pas, et cet automne, plus de 350 de ces dosages ont déjà trouvé preneur», se réjouit le pharmacien Alfredo Garcia.
Paradoxe, cet engouement pour l’homéopathie préventive tranche avec le refus de l’écrasante majorité de la population de se faire vacciner. Les chiffres du dernier sondage parus dans la presse dominicale sont édifiants: 86% de la population ne compte pas demander sa piqûre. Méfiance face aux effets secondaires du vaccin et aux adjuvants, refus idéologique, scepticisme face à une épidémie annoncée qui n’arrive pas et qui n’a pas l’air bien méchante. Les arguments de ces adeptes de l’homéopathie sont nombreux. «On a le sentiment que nos clients ne veulent pas se vacciner pour «rien», glisse Isabelle Wilson, de la pharmacie Capitole Etraz, à Lausanne. Mais la majorité des pharmaciens insiste: ils ne font pas de prosélytisme et ne saboteront pas la campagne de vaccination.
Chez les médecins homéopathes, on se réjouit du succès de ces remèdes naturels. C’est le cas de la Dr Brigitte Zirbs Savigny, homéopathe et présidente des généralistes genevois: «De plus en plus de gens se posent des questions sur leur santé. Cette grippe A est moins grave que les grippes saisonnières, moins mortelle. J’administrerai le vaccin si mes patients me le demandent, mais, même aux femmes enceintes, je ne le recommanderais pas. Mieux vaut stimuler l’immunité globalement, avec des oligo-éléments et de l’homéopathie.» Le Dr François Choffat, homéopathe vaudois et auteur du récent «La grippe? Pas de panique!» renchérit: «Cela fait quinze ans que je ne vaccine plus mes patients contre la grippe.»
«Ne pas exclure le vaccin»
Les premières vaccinations contre la pandémie commencent le 16 novembre. Avec, en toile de fond, le risque que les personnes ciblées en priorité par les autorités sanitaires (femmes enceintes, malades cardiaques ou pulmonaires chroniques, professionnels de la santé…) fassent l’impasse sur la piqûre. «La Fédération suisse des médecins (FMH) n’est absolument pas opposée à l’homéopathie, déclare Jacques de Haller, son président. Mais attention, cette prévention ne doit en aucun cas exclure le vaccin. Les deux sont compatibles.»
Comment vaincre les réticences? «Il faut expliquer sans cesse, poursuit le médecin. La Suisse ne va certainement pas échapper à la pandémie, il y aura des malades aux soins intensifs, des décès. J’espère que les gens réaliseront avant que c’est une vraie maladie et demanderont
le vaccin.»
A l’Office fédéral de la santé publique, on répète que les deux vaccins adjuvantés achetés par la Suisse sont sûrs, et les effets indésirables comparables à ceux du vaccin de la grippe saisonnière.
(mcl)