Nicolas «Abdullah» Blancho est partout. Journaux, radios, télévisions. Le président du Conseil central islamique suisse (CCIS) a même eu l’insigne honneur, vendredi dernier, d’être la vedette d’Arena. LE débat politique de la télévision alémanique. Cette exposition médiatique a permis au converti biennois de rappeler le credo conservateur de son organisation qui compte environ un millier d’adhérents. Et de semer le doute dans les médias et parmi les élus sur ses réelles intentions.
«Cet homme est dangereux, il faut le suivre de près», martèle le président du PDC, Christophe Darbellay (VS). Hier à Berne, le Parti libéral-radical (PLR) est allé plus loin, estimant que «l’exemple du Conseil central islamique suisse nous démontre que nous devons rester vigilants pour étouffer dans l’œuf les tendances périlleuses». Nicolas «Abdullah» Blancho a notamment subi les foudres du conseiller national genevois Christian Lüscher, qui l’a taxé «d’hurluberlu».
Pierre angulaire des solutions PLR: la révision rapide de la loi sur le maintien de la sûreté intérieure. Alors quele projet prévoit une révision en deux temps, les libéraux- radicaux veulent des propositions concrètes avant l’été. Le but est de faciliter l’observation dans le domaine privé, les écoutes téléphoniques ou encore l’intrusion dans les systèmes informatiques de personnes ou d’organisations pouvant constituer un danger. Les lieux de culte sont particulièrement visés.
Calmer le jeu?
Ne serait-il pas plus responsable de calmer le jeu, au lieu de stigmatiser une organisation? «C’est précisément notre but. Nous voulons agir préventivement, à un moment où le jeu est encore calme, se défend Christian Lüscher. Peu importe le nombre d’extrémistes, un ou dix, c’est toujours trop.»
Même si la méfiance à l’égard du CCIS est perceptible dans toutes les formations politiques, le PLR est accusé d’électoralisme. Ada Marra (PS/VD): «Il est évident qu’il faut vérifier si ce mouvement est dangereux. Ici, toutefois, on se contente de surfer sur la vague anti-islam.»
Antonio Hodgers abonde dans ce sens. «On prend l’islam en otage, s’irrite le conseiller national genevois (Verts). Et le PLR se trompe de cible. Il vise les lieux de culte, alors que les expériences à l’étranger ont montré que cela se passe dans des endroits bien plus discrets.»
Nos interlocuteurs soulignent aussi le risque de voir renaître un «Etat fouineur». Oskar Freysinger (UDC/VS) de conclure: «Oui, il faut garder un œil attentif sur ces milieux, mais pas au sacrifice de la liberté. La sécurité ne peut pas tout justifier. Durant la campagne sur les minarets, le PLR nous a dit que l’islam ne posait aucun problème. Maintenant, il y aurait urgence. C’est à n’y plus rien comprendre.»