Il marche devant sa ferme en regardant l’objectif droit dans les yeux. Sous son parapluie, Bernard Rappaz effectue sa première promenade depuis son retour à l’Oasis, son domaine de Saxon (VS). Mais ses pas sont endigués par des bandes plastiques blanches et rouges. Rappaz est chez lui, mais toujours en prison.
Comme décidé par la conseillère d’Etat valaisanne Esther Waeber-Kalbermatten, c’est en effet à domicile qu’il continue de purger sa peine de 5?ans et 8?mois pour trafic de chanvre et gestion déloyale aggravée (entre autres). En contrepartie, le chanvrier s’est engagé à stopper sa grève de la faim qui s’est étalée au total sur 110?jours. «C’est bon de se retrouver dans son foyer», explique-t-il au téléphone. Car si ses visites sont limitées à ses proches et à 90?minutes par semaine – sa fille de 12?ans devrait être la première à en profiter –, Bernard Rappaz passe son temps à répondre aux journalistes via le portable de son colocataire Boris Ryser.
«Le moral est bon. J’ai repris 3 kilos sur les 30 perdus pendant ma grève de la faim, explique le prisonnier. Je marche depuis mercredi sans mes béquilles. Mais je dois refaire de l’exercice pour reconstituer ma masse musculaire.» Dans son appartement, Bernard Rappaz est libre de toute surveillance. C’est aux abords de la ferme que sont postés deux agents de sécurité vingt-quatre heures sur vingt-quatre. «Ils viennent régulièrement à ma porte contrôler que je suis là. Mais je ne cherche pas à m’évader.»
L’accès à l’Oasis est certes barré, mais le traitement réservé au détenu demeure un traitement de faveur. Et il compte bien en profiter jusqu’à novembre et au débat prévu au Grand Conseil valaisan sur sa demande de grâce – dont les chances paraissent très limitées.
«Toutes les options ouvertes»
Esther Waeber-Kalbermatten lui fera-t-elle ce cadeau? Jointe hier, la ministre socialiste s’est refusée à tout commentaire. Tout dépendra en fait de la décision du Tribunal fédéral. Le 26 août au plus tard, celui-ci statuera sur la demande d’interruption de peine déposée par le chanvrier qui espérait par ce biais pouvoir se rétablir de sa grève de la faim. Mais comme il se réalimente, le TF pourrait considérer cette requête désormais sans objet, admet Me Aba Neeman. L’avocat de Bernard Rappaz espère que les juges de Mon-Repos en profiteront pour fixer des règles claires pour la suite de l’exécution de la peine de son client. Notamment si ce dernier reprenait sa grève de la faim.
En effet, l’intéressé n’exclut pas cette hypothèse au cas où il devrait réintégrer sa cellule. «Je laisse toutes les options ouvertes.» Même s’il sait que l’opinion en Valais lui est largement hostile. «Je comprends la lassitude des gens. Mais pas n’importe qui fait une grève de la faim.»