Le célibat des prêtres joue-t-il un rôle dans d’éventuelles déviances sexuelles? Cette question est une nouvelle fois d’actualité, alors que plusieurs affaires de pédophilie secouent l’Eglise catholique. La question fait débat dans l’institution elle-même et certains ecclésiastiques remettent en cause cette règle de chasteté. Le point avec deux spécialistes des déviances sexuelles.?
«Le célibat joue probablement un rôle favorisant», estime Dominique Chatton. Pour ce psychiatre, le choix de renoncer à toute sexualité s’avère, dans certains cas, révélateur. «Des hommes timides, qui ont peur des femmes, peuvent choisir les ordres pour ne pas avoir à se confronter au fait qu’ils sont différents des autres.»
Un problème avec les femmes
Par la suite, poursuit Dominique Chatton, ces prêtres ont malgré tout des besoins sexuels et surtout affectifs. Certains passent à l’acte avec des personnes plus faciles à séduire, comme les enfants. «Les limites sont franchies progressivement, précise le sexologue. Mais les cas d’actes pédosexuels compulsifs restent rares, dans l’Eglise comme dans la société.»
Dans un univers où la sexualité est taboue, certains prêtres ont donc une relation ambiguë au sexe. Psychologue, Philip Jaffé abonde: «Dans la société en
général, la vaste majorité des victimes de pédophiles sont des filles alors que dans l’Eglise, ce sont des garçons. Cela révèle un problème avec les femmes,
que l’abolition du célibat ne résoudrait pas.»
Et si l’autorisation de se marier faciliterait la vie de nombreux prêtres, tous ne sont pas pour autant frustrés. «C’est possible de vivre sans sexe, rappelle Philip Jaffé. Et puis, selon une étude américaine, un prêtre sur deux a, en réalité, une vie sexuelle active qui n’est généralement pas contraire aux règles civiles.» Si Dominique Chatton estime que le célibat peut expliquer certaines affaires récentes, Philip Jaffé est moins convaincu. Mais tous deux rappellent que la très grande majorité des abus sont commis dans les familles. En réalité, il faut distinguer deux types de pédophiles: d’un côté, l’homme qui, dans une période difficile de sa vie, aura une relation avec un enfant par opportunisme, parce que c’est plus simple, et de l’autre, celui qui est attiré maladivement par les mineurs, sans forcément, d’ailleurs, passer à l’acte. C’est le vrai pédophile, au sens médical du terme.
Pas de rapport direct avec la maladie
«On ne peut pas établir de rapport direct entre le célibat et cette maladie», souligne Philip Jaffé. En clair: ces personnes malades se marient rarement et les pédophiles traités en clinique sont en majorité célibataires, mais l’union n’apporte pas pour autant la guérison.
Dominique Chatton n’est pas aussi catégorique. A ses yeux, un mariage peut protéger contre certaines tentations. «Plusieurs facteurs peuvent consolider quelqu’un. Le fait d’avoir une femme et une activité sexuelle suivie en est un. Non seulement parce que cela canalise les besoins sexuels, mais aussi parce que cela permet de mûrir.»
Le mariage, une possibilité de «grandir»
En fréquentant des femmes, un homme apprend en effet à entretenir des relations avec des personnes de son âge. Celui qui est attiré par des enfants reste au contraire bloqué à un stade antérieur de son développement, ce qui expliquerait aussi un certain désintérêt pour les filles, à l’instar des enfants qui restent «entre garçons». Bref, conclut le psychiatre, «le fait de ne pas avoir une compagne prive certains hommes immatures d’une possibilité de grandir».