Souriante, mais déterminée. Doris Leuthard sait que la campagne de votation sur l’assurance-chômage sera très courte. Sa stratégie: la force de la raison, dans un dossier où l’émotionnel joue un rôle important. Convaincre les Romands ne sera pas facile, reconnaît-elle.
Avec un taux de 3,6% en juillet, le chômage est encore à un niveau relativement élevé en Suisse. Est-ce le bon moment pour assainir l’assurance-chômage?
Oui, c’est le bon moment. La relance est là. On assiste à une baisse du chômage qui va encore s’accentuer. Il faut que l’on prépare maintenant la stabilisation de l’assurance-chômage afin d’être prêt pour un futur ralentissement de l’économie. Nous avons besoin d’une caisse saine et bien financée.
Pour les opposants, cette révision se fait sur le dos des personnes au chômage. Que leur répondez-vous?
Regardons les faits. En comparaison internationale, la Suisse est enviée avec son taux de chômage de 3,6%. D’un point de vue national, nous ne sommes que très légèrement au-dessus du taux moyen, qui est de 3,3%. La révision de l’assurance-chômage n’entraînera aucun changement pour la majorité des personnes. Elle ne touche pas aux prestations de base: les assurés continueront de recevoir 80 ou 70% du salaire assuré. En revanche, on instaure un lien plus étroit entre la durée d’indemnisation et la période de cotisation. Celui qui cotise pendant un an touchera des prestations pendant un an. D’autres devront attendre plus longtemps avant de bénéficier des prestations.
Il y a 6?mois, les Suisses ont dit non à la révision du deuxième pilier et refusé que l’on touche à leurs acquis. Est-ce que vous ne risquez pas de rencontrer le même écueil?
La révision du deuxième pilier entraînait un gros changement pour tous les assurés. Ici, dans la révision de l’assurance-chômage, pour la majorité des gens, ça ne change rien si vous tombez au chômage. Si vous travaillez normalement depuis plus de 12 ou 18?mois, que vous soyez un travailleur âgé ou que vous touchiez un petit salaire, rien ne change. Et même pour les apprentis qui ont suivi une formation professionnelle, rien ne change. Les seuls qui sont touchés, ce sont les étudiants qui sortent de l’université et qui n’ont encore jamais cotisé, ainsi que les personnes qui rentrent de l’étranger. Là, on clarifie la situation.
Pourquoi supprimer la possibilité de prolonger les indemnités dans les cantons où le chômage est élevé?
L’expérience a montré que cette règle engendrait des discriminations. Une personne qui habite deux kilomètres en dehors du périmètre concerné ne peut pas bénéficier de cette prolongation.
Lorsqu’on a un taux de chômage de plus de 5% dans une région, cela signifie qu’il y a un problème structurel – et alors il faut le résoudre. Ou que la crise traversée est majeure. Et dans ce cas, le Conseil fédéral doit présenter des mesures ciblées. Il a prouvé sa volonté d’agir avec les mesures prises en juin 2009.
Les communes et les villes vous accusent de transférer les charges du chômage sur l’aide sociale.
C’est vrai que les communes devront prendre en charge une partie des coûts qu’on estime à 100 millions de francs. Mais cette somme doit être mise en rapport avec les 7 milliards de prestations que l’assurance-chômage déboursera cette année. En outre, si vous comparez ces 100 millions au 1,3 milliard de désendettement qu’apporte la révision par an à la société, le coût devient supportable. Les communes défendent leurs intérêts, c’est légitime. Mais on oublie trop souvent que l’assurance-chômage décharge l’aide sociale en accompagnant les gens dans leur réinsertion professionnelle.
Depuis les années?90, on a développé toute une gamme de mesures ciblées qui portent aujourd’hui leurs fruits, même si ce n'est pas toujours évident.
Avez-vous des craintes par rapport au résultat du vote en Suisse romande?
Chaque révision de l’assurance-chômage est plus difficile à défendre en Suisse romande, où l’on a une autre approche à l’égard de l’Etat et des assurances sociales. Mais nous avons des arguments qui peuvent convaincre aussi les Romands.
Que va-t-il se passer si le peuple refuse cette quatrième révision de l’assurance-chômage?
C’est très clair. Lorsque la dette a atteint un certain seuil, comme c’est le cas aujourd’hui, la loi nous oblige à présenter une nouvelle révision et à augmenter les cotisations. Avec l’état de la dette actuelle, le Conseil fédéral n’avait pas le choix: les cotisations augmenteront de 0,5% au lieu de 0,2% dès le 1er janvier 2011. En cas de refus, l’augmentation des cotisations laissera moins d’argent dans les poches des salariés qui consommeront donc moins. C’est négatif pour les salariés, les PME et l’économie en général. Et cela ne sera pas dans l’intérêt de notre pays.
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