Révélations

Hannibal Kadhafi a déjà touché sa «rançon» de Berne

Par Catherine Focas et Pierre Ruetschi le 03.03.2011 à 19:16. mise à jour le 06.03.2011 à 09:05

Tant que l’enquête sur la fuite des photos judiciaires d’Hannibal Kadhafi était en cours, une somme de 1,5 million de francs versée par la Suisse devait demeurer sur un compte en Allemagne.

Berne a transféré 1,5 million de francs sur un compte libyen d’Hannibal Kadhafi, comme nous le révélions, hier, sur notre site tdg.ch. Cette somme avait été bloquée par les services de Micheline Calmy-Rey sur un compte allemand pour contribuer à la libération de l’otage Max Göldi. Elle devait être donnée aux autorités de Tripoli si le responsable de la fuite des photos d’identité judiciaire du fils Kadhafi n’était pas retrouvé par la justice genevoise.

Le million humanitaire

En fait, ce million et demi avait été versé secrètement à Hannibal Kadhafi cet été déjà. Alors que Max Göldi est revenu en Suisse le 13 juin 2010 et que l’enquête genevoise sur les fuites se poursuit toujours. Porte-parole du Département des affaires étrangères (DFAE), Adrian Sollberger explique: «Il faut rappeler le point numéro deux du «Plan of Action», qui fait référence à la procédure pénale en cours lancée par les autorités genevoises à la suite de la publication illégale des photos d’Hannibal Kadhafi dans la Tribune de Genève.» Et quel est ce point numéro deux du plan d’action? «Une compensation prévue dans le cas où cette procédure ne devait pas permettre de déterminer le ou les personnes ayant transmis les clichés aux médias. Un montant de 1,5 million de francs a été fixé à cet effet.»

Le porte-parole du DFAE décrit le climat de confiance qu’il fallait créer à l’époque pour permettre la libération de l’otage: «Cette somme a été versée sur un compte en Allemagne comme mesure d’incitation à la confiance. Confiance nécessaire à la libération de Max Göldi. Au milieu de l’année dernière, ce montant a été transféré, avec notre accord, par la médiation allemande, sur un compte libyen à l’attention d’Hannibal Kadhafi. On pouvait en effet présumer à ce moment-là que le ou les responsables ne seraient pas identifiés. Il était convenu que l’argent serait utilisé par Hannibal Kadhafi à des fins humanitaires. Et, à notre connaissance, quelques jours avant l’explosion des troubles actuels en Libye, l’argent était toujours sur le compte.»

Pourquoi Berne a-t-elle voulu garder ces tractations secrètes? Une communication trop rapide aurait nui au processus en cours visant à normaliser les relations entre la Suisse et la Libye.

Enquête transmise à Zappelli

En ce qui concerne ce fameux million et demi, la Confédération avait demandé aux autorités genevoises de passer à la caisse. Et François Longchamp, à l’époque président du Conseil d’Etat, avait déclaré: «Dans le contexte actuel, nous n’entendons pas verser le moindre franc. Il ne faut pas oublier que des actes manifestement illégaux ont été commis par le fils d’un chef d’Etat à Genève.»

Rappelons qu’Hannibal Kadhafi avait été arrêté le 15 juillet 2008 à l’Hôtel Président-Wilson où il séjournait avec son épouse. Le couple était soupçonné d’avoir maltraité deux de ses domestiques. Hannibal Kadhafi passera la nuit dans un «violon» du Palais de justice. Il sera inculpé de lésions corporelles, menaces et contrainte. L’humiliation totale. La réplique libyenne est cinglante: le 19 juillet, deux hommes d’affaires suisses sont pris en otage à Tripoli.

Par ailleurs, à Genève justement, l’enquête pour retrouver l’auteur de la fuite des photos d’identité judiciaire d’Hannibal Kadhafi parues dans la Tribune de Genève est passée des mains de la juge d’instruction Alix Francotte Conus à celles du procureur général, Daniel Zappelli. Et le porte-parole du pouvoir judiciaire nous informait, hier, que les investigations étaient toujours en cours.

Rappelons que la Tribune de Genève a publié ces photos le 4 septembre 2009. Le 12 avril 2010, le Tribunal de première instance de Genève a condamné notre journal estimant qu’il n’avait pas à publier ces photos qui portaient atteinte à l’honneur d’Hannibal Kadhafi. Le tribunal a également reconnu la culpabilité de l’Etat de Genève puisque l’un de ses employés avait violé son secret de fonction en transmettant les clichés au journal.

Quant aux travaux du Tribunal arbitral instauré pour juger des conditions dans lesquelles le fils de Muammar Kadhafi avait été à l’époque arrêté, ils ont été suspendus le 21 février dernier.

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