Une faible affluence par rapport à la foule qu’aurait attirée une éventuelle venue du pape en Suisse, mais d’une réelle importance. Les catholiques qui ont manifesté hier à Lucerne posent de justes questions au bon moment.
Le procès intenté au cardinal Joseph Ratzinger dès son élection à la charge papale était injuste, car d’intention: exit la figure d’un Jean Paul II devenu prophétique, si ce n’est christique, arrivée d’un préfet aux desseins suspects! C’était oublier que l’un comme l’autre jugeaient vital d’asséner des dogmes pour assurer l’existence de l’Eglise catholique. Ils avaient in fine lié leur pensée et leurs destins.
Mais, quatre ans plus tard, Benoît XVI semble s’être coupé des membres d’une Eglise qu’il voulait unir. Jusque dans ses bonnes intentions. L’instauration d’un dialogue avec la Fraternité Saint Pie X pour ramener au bercail quelques centaines de milliers de catholiques sectaires en est l’exemple le plus frappant. Personne à la Curie romaine pour expliquer au pape que l’un des évêques réintégré niait la Shoah? Personne pour lui signifier que, sur les principes de Vatican II, le dialogue avec Ecône se ferait monologue? Personne pour signifier que l’Unité ne doit pas rallier qu’une des extrémités?
Cet errement réveille mille frustrations. Le dialogue œcuménique entre protestants et catholiques est freiné; le message auprès des autres religions est brouillé; le statut des femmes ou des prêtres ne souffre d’aucune discussion. Et si le Vatican apparaît dans l’actualité, c’est pour justifier l’excommunication d’une équipe médicale brésilienne qui a pratiqué l’avortement sur une enfant de 9?ans.
Pour les catholiques présents hier à Lucerne, la goutte d’eau formée tombe comme une larme. Glissera-t-elle sur la toge papale?