«Vol des rentes du 2e?pilier» ou nécessaire adaptation à la réalité? Le débat fait rage autour de la baisse du taux de conversion de la prévoyance professionnelle de 6,8% à 6,4%, sur laquelle les Suisses votent le 7 mars prochain. Le taux de conversion, c’est le chiffre magique qui permet le calcul de la rente du 2e?pilier.
Exemple: Madame Pahud a accumulé un capital LPP de 100?000?francs jusqu’à sa retraite. Elle touchera donc jusqu’à sa mort une rente annuelle de 6800?francs, respectivement de 6400?francs suivant que le taux de conversion est fixé à 6,8% ou à 6,4%.?
Précision d’importance: le taux de conversion dont on parle ici s’applique à la partie obligatoire du 2e?pilier – autrement dit, aux revenus annuels bruts compris entre 20?500?francs et 82?000?francs. Pour la partie surobligatoire (celle qui dépasse 82?000?francs), on utilise un autre taux de conversion (5,8% en moyenne aujourd’hui) pour calculer la rente.
La deuxième baisse consécutive
Une première baisse du taux de conversion de 7,2% à 6,8% a déjà été décidée et est en cours d’application. Pourquoi faudrait-il aller plus loin? Pour le Conseil fédéral, les partis bourgeois nationaux et une majorité des professionnels de la prévoyance professionnelle, cette deuxième étape s’impose d’abord en raison de l’allongement de l’espérance de vie – en clair, les assurés du 2e?pilier vivant plus vieux, leur capital doit leur être servi en tranches plus fines.
En outre, les partisans du taux de conversion à 6,4% postulent une diminution des rendements sur les marchés financiers, qui rend selon eux impossible de servir aux futurs retraités des rentes LPP au niveau actuel, sous peine de charger les actifs.
Cette argumentation est vivement contestée à gauche. Le Parti du travail a donc lancé le référendum contre la baisse du taux de conversion, entraînant dans son sillage les syndicats, les socialistes, les Verts et des journaux de consommateurs. Résultat: 200?000 signatures récoltées, alors que 50?000 suffisaient à convoquer une votation. Des experts du 2e?pilier, romands surtout, et quelques sections cantonales des partis bourgeois prônent aussi le non le 7 mars.
Les référendaires estiment que la baisse du taux de conversion à 6,8% compense déjà le vieillissement de la population, qui ne serait d’ailleurs pas aussi marqué que ne le laisse entendre le camp du oui. Par ailleurs, sur la base des rendements engrangés depuis 1985 et l’entrée en vigueur de la LPP, ils ne partagent pas la prudence de leurs adversaires quant à l’avenir des marchés financiers.
Ce sont donc deux visions opposées qui s’affrontent. Pris en sandwich, le citoyen s’interroge. Quel effet aura la baisse du taux de conversion sur sa rente? Qui y perdra le plus? Tentative de réponses.