«Cette initiative est inutile! Elle va engendrer de la bureaucratie à n’en plus finir», lance Jacques Bourgeois, président de l’Union suisse des paysans (USP).
Une prise de position qui reflète les poussées d’urticaire que provoque dans le monde rural l’initiative pour instituer des avocats pour animaux dans tous les cantons, soumise à votation le 7 mars. Commentaire de Jean-Luc Chollet, éleveur et député UDC au Grand Conseil vaudois: «Les paysans doivent répondre à toutes sortes de contrôles et de tracasseries. Nos animaux sont les mieux protégés au monde!»
La Protection suisse des animaux (PSA) reconnaît que le sort des bêtes de rente s’est amélioré en Suisse dans la dernière décennie. La nouvelle Loi sur la protection des animaux a entériné, en 2008, des évolutions notables dans les élevages: obligation de sortir les animaux, anesthésie obligatoire pour écorner des bovins ou castrer des porcelets.
«Les exploitations à l’ancienne comme la mienne, avec des bovins attachés et un dresse vache (ndlr: dispositif électrique pour dissuader les vaches de faire leurs besoins sur leur litière), ont presque toutes disparu», constate Jean-Luc Chollet. Les agriculteurs qui perçoivent des paiements directs sont contrôlés tous les deux ans et risquent des réductions de subsides, en plus des amendes.
Dénonciations de voisinage
Malgré cela, des cas graves de maltraitance sont découverts chaque année. L’an dernier, un paysan de Châtel-Saint-Denis (FR) a été condamné à 1000?francs d’amende et s’est vu retirer ses vaches pour avoir laissé son troupeau à l’abandon. «Ces cas font beaucoup parler, mais ils sont rares, assure Jean-Michel Carnal, président de la Chambre d’agriculture du Jura bernois. Ces histoires relèvent de la négligence et sont liées à des drames sociaux.»
Mais alors pourquoi une agriculture si soucieuse du bien-être des animaux ne soutient-elle pas l’initiative? La question titille le Genevois Luc Barthassat, agriculteur et conseiller national PDC: «Je déplore que l’USP et la majorité des paysans la combattent. Cela laisse supposer que les paysans ont quelque chose à cacher.»
Jacques-Henri Penseyres, vétérinaire cantonal vaudois, dit comprendre les agriculteurs: «Ils ont peur d’être soumis à des pressions encore plus grandes alors que des citoyens font ce qu’ils veulent avec leurs animaux dans leur appartement.»
Les paysans, eux, font facilement l’objet de dénonciations de voisinage. «Nous craignons d’être dénoncés pour une vache qui boîte alors qu’elle n’est pas blessée, dit David Bernardi, éleveur au balcon du Jura. Sans compter les malveillants qui n’aiment pas les paysans.»
Samuel Debrot, président de la Société vaudoise de protection des animaux, confirme que «depuis que les citadins ont construit en campagne, ils nous signalent beaucoup de cas».
Lorsqu’ils sont avérés, les cas de maltraitance n’aboutissent pas nécessairement à une condamnation. Au début du mois, un juge d’instruction a ainsi annulé une amende de 600?francs infligée à deux éleveurs de Derborence (VS) qui avaient laissé mourir de faim quinze moutons.
Motif: prescription. «C’est pour éviter que la justice ne traîne ou que les affaires ne se règlent entre copains qu’il faut un avocat, commente Luc Barthassat. L’honneur de notre profession est en jeu.»
Les vaches aiment le froid
Cas d’école
L’exemple des troupeaux de bovins exposés au froid illustre la crainte des paysans d’être dénoncés pour des peccadilles. Le Service vétérinaire cantonal neuchâtelois recevait de nombreux appels l’an dernier pour signaler «des vaches en détresse dans le froid et la haute neige», selon Terre & Nature. Or, ces animaux ne craignent pas le froid.
Au contraire, ils préfèrent le froid sec au chaud humide des étables. La nouvelle ordonnance fédérale sur la protection des animaux stipule que le bétail à l’attache doit effectuer au moins trente sorties l’hiver. Va pour les vaches, «mais nous avons de vrais cas de moutons qui souffrent en hiver», nuance Samuel Debrot, président de la SVPA (Société vaudoise de protection des animaux).