Les institutions de prévoyance n’ont pas su prévoir la crise financière. Elles souffrent. Et, c’est désormais certain, les retraités en pâtiront eux aussi: les rentes vont inéluctablement baisser, quand ce n’est pas déjà fait. Alarmante mais réaliste, cette conclusion provient de l’enquête de Swisscanto, un prestataire de services dédiés aux banques cantonales.
La chute
Sur l’année 2008, trois quarts des caisses de pension affichent des performances inférieures à 10% (voir infographie). La moyenne globale des pertes s’établit à 12,9%. Pire: si l’on considère l’ensemble des huit dernières années, elles réalisent des résultats tout juste positifs, alors que, pour honorer leur contrat vis-à-vis des rentiers, il leur fallait générer 2,25 à 3% de rendement sur la période.
Le gros de ces pertes est dû à l’effondrement du marché des actions, qui crée un écart de 5% entre objectifs et résultats. Plus globalement, «le fossé entre rendement réalisé et rendement recherché est énorme», souligne l’enquête. Ainsi, à l’instar de ce qu’ont vécu les grandes banques, les bonnes années n’ont pas suffi à compenser le terrible exercice 2008.
Caisses en difficulté
Désormais, deux tiers des institutions se trouvent en découvert, ne couvrant plus les 100% de ce qu’elles doivent. Un tiers d’entre elles sont même sous la barre des 90%, dite critique. En ne prenant en compte que les caisses de droit public, on constate que 93% de celles-ci n’atteignent pas le degré de couverture souhaité. Si elles ont l’avantage d’être garanties par l’Etat, et ne pénalisent donc pas les rentiers, leur situation laisse présager de futurs «engagements publics importants» pour boucher les trous, estiment les analystes de Swisscanto.
Zéro pour cent!
Face à cela, les institutions de prévoyance prennent des mesures, parfois douloureuses. Plus de 50% d’entre elles ont annoncé à leurs cotisants que le taux de rémunération de leur capital sera de 0% cette année. Corrigé de l’inflation, tout un chacun peut donc s’attendre à une diminution de la valeur de son deuxième pilier. Nombreuses sont aussi les caisses dont l’assainissement passe par une contribution supplémentaire, partagée paritairement entre employeurs et employés.
Plus douloureux pour le porte-monnaie des retraités, une majorité a déjà abaissé le taux de conversion – qui détermine le revenu annuel auquel a droit le rentier – sous le seuil légal de 7,05%. Mais elle ne transgresse par pour autant la loi: cette diminution des rentes s’effectue uniquement sur la part surobligatoire, c’est-à-dire sur les salaires supérieurs à 82?000?francs par année. Le groupe industriel Georg Fischer a ainsi diminué cette part des rentes de 6,1% et abaissé le taux de conversion de 6,9 à 6,4% (lire nos éditions du 9 mai).
L’avenir incertain
Voilà pour les mesures urgentes. Mais il y a l’avenir, plus qu’incertain. Et sur ce point, la crise actuelle n’y est pour rien. Le problème tient à l’allongement de l’espérance de vie, qui, naturellement, prolonge la durée pendant laquelle la rente est perçue. Alors que le temps de cotisation ne change pas.
Cité par le Tages-Anzeiger, Martin Jenssen, professeur d’économie à l’Université de Zurich, estime ainsi que les rentes sont trop élevées de 30% compte tenu de ces changements démographiques. Il faudrait, selon lui, abaisser le taux de conversion à 5% pour parvenir à l’équilibre.
Fin 2008, les Chambres fédérales ont approuvé une baisse de ce taux minimal de 6,8 à 6,4%. Ainsi, une personne qui touche le salaire moyen de 82?020?francs verrait sa rente baisser de 211?francs par mois ( voir l’exemple donné dans l’infographie ci-dessus). Le référendum du syndicat UNIA ayant abouti, cet objet devrait être soumis au vote avant la fin de l’année.
Comme le relève Swisscanto, qui sort ici de son travail «académique» pour s’immiscer dans le débat politique, un taux trop élevé pousse les caisses à prendre des risques pour respecter la loi. A l’inverse, un taux plus faible permettrait des placements plus sûrs. Mais, évidemment, au détriment des rentes. André Reuse, administrateur-délégué de LPP Gestion SA, qui gère une vingtaine de caisses de pension, juge ainsi que ce cas de figure aurait deux conséquences fâcheuses: la paupérisation relative des retraités.
Subséquemment, l’économie intérieure serait pénalisée par la baisse du pouvoir d’achat de cette catégorie de plus en plus importante de la population. Autre problème soulevé par André Reuse: l’obligation, pour les caisses, d’être couvertes à 100% chaque année. «En faisant ainsi fi des cycles boursiers, on les contraint, en cas de découvert, à prendre des mesures parfois drastiques. Au final, ce sont les retraités qui payent les pots cassés.» De ce fait, il préconise des ratios, lissés par exemple sur cinq ans, qui amortiraient les soubresauts conjoncturels et boursiers, inévitablement faits de hauts et de bas. «Le fossé entre rendement réalisé et rendement recherché est énorme»SWISSCANTO