OBLIGATION

L’ambition environnementale de la Suisse est-elle réaliste?

Par PATRICK CHUARD le 04.12.2009 à 00:04

A ce jour, la Suisse ne tient pas encore les engagements climatiques qu’elle avait pris à Kyoto. Le Conseil fédéral en fait-il trop en promettant de réduire de 20% les émissions de CO2 dans la prochaine décennie?

Moritz Leuenberger emporte une belle résolution dans ses bagages à Copenhague. La Suisse accepte de réduire un cinquième (20%) de ses émissions de dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre, d’ici à 2020. Elle ira même jusqu’à 30% si l’Union européenne fait de même.?

Un joker supposé efficace

Va pour l’intention, mais la Suisse a-t-elle seulement les moyens de ses ambitions? Car elle ne tient pas encore ses engagements pris avec le protocole du Sommet de Kyoto, en 1997. Elle s’était engagée à réduire de 8% ses rejets de gaz à effet de serre d’ici à 2012. Or, selon les derniers chiffres connus (2007) «elle n’a fait baisser que de 2,7% ses rejets», reconnaît Andrea Burkhardt, cheffe de la section climat à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Cela dit, «l’obligation de réduction est une moyenne qui devra être tenue de 2008 à 2012 et elle devrait l’être», ajoute-t-elle, en écho aux récentes assurances de Moritz Leuenberger.

Berne a quelques atouts dans sa manche, dont un joker supposé efficace: le mécanisme de développement propre (CDM). Prévu par Kyoto, ce scénario permet aux pays industrialisés d’investir dans des projets de baisses de CO2 dans des pays en voie de développement et de comptabiliser à leur profit les réductions. Selon les règles qu’elle s’est fixées, la Suisse peut y recourir pour la moitié de l’effort auquel elle consent, soit 4% (2,1 millions de tonnes) de CO2. Ces certificats à l’étranger sont financés par le fameux «centime climatique» prélevé sur chaque litre de carburant.

«Moritz Leuenberger peut rester à la maison»

D’une manière ou d’une autre, «la Suisse ne tient pas vraiment ses engagements, considère Patrick Hofstetter, climatologue responsable au WWF, car le but est que les pays industrialisés réduisent les émissions chez eux». Et avec sa proposition de 20%, «Moritz Leuenberger peut rester à la maison! lance le WWF. Ce n’est pas assez, les scientifiques parlent de 40% nécessaires pour infléchir le réchauffement.»

Kyoto? «Un demi-échec pour la Suisse, renchérit Gerhard Tubandt, porte-parole de l’ATE (Association Transports et Environnement). Berne a fait des efforts dans le domaine du chauffage des bâtiments, mais pas assez pour le trafic routier.»

Aux antipodes de ce constat, economiesuisse salue au contraire les efforts fournis. «La Suisse est déjà avancée et fait figure de modèle, affirme Dominique Rochat, chef de projet pour la faîtière de l’économie. Une proposition de 20% à Copenhague, «c’est très ambitieux, mais c’est jouable, dit-il, à condition de partager cet effort entre la Suisse et des projets à l’étranger». Surtout qu’économiser une seule tonne de CO2 en Suisse coûterait en moyenne 300?francs, contre 25?francs dans le cadre d’un projet à l’étranger.

«Calculs d’épiciers! rétorque l’ATE. Personne n’est en mesure d’évaluer les coûts d’un changement climatique. Glissements de terrain, inondations, fonte des glaciers, pertes sèches pour les sports d’hiver…» Lancée par un comité de gauche et des Verts en 2008, l’initiative «sur le climat» réclame, elle, une réduction drastique de 30% des émissions, et ce uniquement sur sol suisse. Impensable pour les milieux économiques, qui font remarquer que 30% à domicile équivalent à une fois et demie la totalité des rejets de l’industrie du pays.


«La Suisse fait partie du groupe qui mène tout ce processus. On fait clairement partie des ambitieux»

INTERVIEW Le patron des négociateurs suisses est modérément confiant. Tout ne sera pas résolu dans la capitale danoise. Thomas Kolly est le chef de la division internationale de l’Office fédéral de l’environnement. A ce titre, il a mené toutes les négociations techniques au cours de ces dernières années. Et à Copenhague, il sera plus que jamais sur la brèche. Rencontre dans son bureau bernois juste avant son départ, en train, pour la capitale danoise.

Quel est votre sentiment avant Copenhague? Confiant, inquiet, désabusé?

Je suis modérément confiant. On aura un résultat à Copenhague. Ce sera plus qu’une simple continuation de ce que l’on a fait jusqu’à présent. Mais je suis modérément confiant car on n’aura pas un accord comme on aurait pu le souhaiter. On va construire des piliers mais, dans le même temps, beaucoup de points resteront ouverts.

Vous croyez encore un traité en bonne et due forme?

La Suisse s’est exprimée d’une manière très claire, notamment M. Leuenberger lorsqu’il était à Copenhague, le 16 et le 17 novembre dernier, la Suisse a comme objectif d’avoir un accord juridiquement contraignant. C’est un fait, à Singapour, il y a quelques semaines, les présidents Obama et Hu Jin tao ont parlé d’un engagement politique qui devrait quand même être contraignant. Le premier ministre danois Rasmussen, qui était à Singapour, a ensuite informé directement les autres ministres et mis l’accent sur le mot contraignant.

Qu’est-ce que cela veut dire?

C’est un engagement politique qui n’est pas juridiquement contraignant. Il y aura encore un grand travail de mise en œuvre à faire pour le transformer ensuite en un texte juridiquement contraignant. Mais tous les éléments devraient figurer dans le texte que l’on va élaborer à Copenhague.

La Suisse suit grosso modo la ligne de l’Union européenne. Alors à quoi servez-vous Monsieur Kolly?

Nous ne sommes pas intégrés dans ce bloc européen. C’est plus facile pour nous d’être flexibles. On a l’occasion d’influencer tout le processus de négociations. La Suisse a également mis en place un groupe de négociations avec la Corée du Sud, le Mexique, le Liechtenstein et Monaco. La Suisse assume également le rôle de coprésident pour une partie importante des négociations. Depuis la Conférence de Poznan, je suis coprésident avec un collègue du Ghana pour la partie adaptation. Ce n’est pas un hasard si nous assumons ce rôle. La Suisse a aussi prouvé qu’elle était capable de trouver des compromis.

Que dites-vous aux Suisses qui doutent de l’urgence climatique? Que dites-vous à ceux qui vous accusent de ne pas aller assez vite?

C’est un bon signe d’être sous la critique des deux côtés. Il faut savoir que la Suisse fait partie du groupe qui mène tout ce processus. On fait partie
clairement des ambitieux. La Suisse est d’ores et déjà prête à réduire ses émissions de 30% sous réserve que les autres suivent. Pour ceux qui doutent, je dirai qu’il y a une évidence, il faut faire quelque chose. Je suis responsable des négociations depuis quatre ans, c’est impressionnant comme la crédibilité de la partie scientifique a été consolidée. Seule une petite minorité n’accepte pas les faits. A 99%, les organisations et les experts pensent qu’on a un sérieux problème avec le climat, un problème causé par des activités humaines et qu’il faudra résoudre avec des activités humaines.

Vous étiez à Bali, à Bangkok, à Barcelone et maintenant à Copenhague. Votre vie de famille doit en pâtir. Qu’est-ce qui vous pousse à continuer dans cette voie?

Ma femme m’a dit: il y a mille personnes avec qui tu passes plus de temps qu’avec moi. On parle de l’avenir de l’humanité, cela me donne de l’énergie et de la force. Tous les aspects de notre vie quotidienne sont concernés. Comment on se déplace, comment s’habille, comment on construit nos maisons, nos activités professionnelles, tout est inclus. Pour beaucoup d’observateurs, Copenhague sera la conférence la plus importante depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Sondage

Faut-il vraiment payer 1,7 milliard pour creuser sous la gare Cornavin au lieu de l'agrandir en surface?




Biens immobiliers

Marché
Recherche immobilière

Liens Immobiliers
Déménager
Comparer hypothèques
Habiter
Publier une annonce
Saisir votre annonce
A vos grils, prêts?
Nous nous sommes procuré les conseils les plus avisés Plus

En coopération avec:

Homegate

Service clients

  • Abonnements et renseignements
    Nous contacter
    lu-ve 7h30-12h/13h30-17h
    Tél. 0842 850 150, Fax 022 322 33 74
    Depuis l'étranger: +41 22 322 33 10
    Adresse postale: Service clients
    CP 5306 - 1211 Genève 11

SEARCH.ch

Commerce

Le monde en images

Sondage

Faut-il interdire le démarchage par téléphone?




Dernières offres

Marché

Assistante de Direction à 100% Manpower Lausanne, Lausanne,Vaud

Collaborateur/trice au service clientèle FR-ALL Job ideal ressources h..., Vaud

Réceptionniste Adent Cliniques Dentai..., Vaud

Sondage

Pensez-vous que François Hollande pourra relancer la croissance en Europe?





Sondage

Dix ans après, comment jugez-vous Expo.02?




Tous les dessins d'Herrmann