CAMP DU NON

Une alliance de bric et de broc contre l’article sur la recherche

Par PATRICK CHUARD le 27.02.2010 à 00:00

Les seules oppositions à l’article qui doit inscrire la recherche sur l’être humain dans la Constitution viennent de l’UDC, de la très chrétienne Union démocratique fédérale (UDF) et d’une partie des Verts. Alliance surprenante, mais logique.

La campagne est inexistante. Et le camp du non quasi muet. Pourtant, l’article constitutionnel concernant la recherche sur l’être humain a réussi à créer une curieuse alliance: rassembler l’UDF, l’UDC et une partie des Verts dans le camp du non. Dieu, l’économie et l’écologie sous la même bannière.

La motivation de l’UDF est la plus claire. Le parti ultraévangélique défend ses fondamentaux: «La vie n’appartient pas à l’homme mais à Dieu. Et le cadre éthique posé par l’article est insuffisant, martèle Maximilien Bernhard, secrétaire romand de l’UDF. Il permet notamment que des personnes incapables de
discernement puissent servir de cobayes.» L’UDC, elle, s’oppose à un article «trop restrictif et qui entrave la recherche scientifique», selon son argumentaire de vote. «Cet article est mal foutu, dit le conseiller national Oskar Freysinger (VS). Il veut préciser trop de choses dans la Constitution.»

Liberté de vote chez les Verts

L’opposition des Verts est moins affichée. «En fait, nous ne sommes pas opposés, nous laissons la liberté de vote… nuance!» signale le président national, Ueli Leuenberger. En conclave le 16 janvier, le parti n’a pas réussi à dégager de majorité. «Les délégués alémaniques y étaient davantage opposés que les Romands», note le président. Le camp du non défendait grosso modo le même argument que l’UDF: on ne peut pas utiliser comme cobaye une personne incapable de discernement.

Le politologue bernois Hans Hirter est tout sauf surpris de cette alliance de circonstance: «L’UDC a une position officiellement libérale sur la question. Mais je suis convaincu qu’une des raisons de son opposition est qu’une partie de son électorat est chrétien et conservateur, proche de l’UDF.» Oskar Freysinger ne nie pas: «Nous partageons les craintes de l’UDF. Après cette votation, le parlement devra élaborer une loi qui va provoquer de gros débats, dit le Valaisan.

Concernant les recherches sur les fœtus, par exemple, on touche à quelque chose de sensible, nous y serons attentifs… sauf si l’aile économique dirige tout.»

Conservatisme biblique et conservatisme écolo

L’entente entre les Verts alémaniques et l’UDF est tout aussi logique, selon Hans Hirter: «Certains écologistes se méfient instinctivement de la technologie, contraire à leur idéal de retour à la nature, observe-t-il. Des Verts se retrouvent proches de l’UDF, laquelle considère la nature comme une création de Dieu.» La parenté d’un conservatisme écolo avec un conservatisme biblique ne trouble pas le conseiller national Vert Jo Lang (ZG). A ceci près que la partie alémanique des Verts défend la dignité humaine «au nom de l’humanisme plutôt que de la religion», nuance le Zougois.

Jo Lang discerne une autre raison dans le non alémanique: «Les Verts suisses allemands sont plus proches de l’Allemagne, où le souvenir de l’horreur nazie reste présent, dit-il. Les recherches sur l’être humain menées par les médecins du IIIe Reich ont laissé des traces, une sorte de méfiance. Ce n’est pas conscient, mais culturel.» Mais pourquoi alors refuser un article constitutionnel qui pose précisément des garde-fous à la recherche? «Ces Verts disent non parce que le cadre n’est pas assez étroit, pas assez sûr.»

Discrète, dans une campagne aux allures de fleuve tranquille, cette alliance politique verte chrétienne pourrait faire plus clairement cause commune au parlement: «Quand nous élaborerons la loi, nous ferons sans doute alliance avec des Verts pour empêcher les abus possibles», pense Oskar Freysinger.


Un compromis difficile

L’article constitutionnel concernant la recherche sur l’être humain est le résultat d’un compromis difficile. Aucun parti ne conteste la nécessité d’unifier les pratiques au niveau suisse. Les partisans de la recherche et de l’économie ont réussi à faire inscrire dans la Constitution que «la Confédération veille à la liberté de la recherche». Les tenants de la protection de la personne ont pu y introduire des restrictions. Notamment en précisant qu’un cobaye humain doit donner son «consentement éclairé». Cependant, la possibilité d’effectuer des recherches sur les «personnes incapables de discernement» horripile les adversaires.

Question «qui touche notamment aux fœtus et aux personnes en fin de vie», note Maximilien Bernhard, de l’UDF. Au final, les uns estiment que la Constitution donne trop de précisions (UDC), les autres qu’elle ouvre la porte à trop de dérives (Verts et UDF).

Si le peuple approuve l’article, le parlement entrera alors dans le vif du sujet.
PC

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